Pitch

Fragments de voyages en Bolivie par un apprenti linguiste étudiant la langue des Siriono.

mardi 11 mars 2014

Quatrième année

Et oui, ce journal de bord va redémarrer bientôt !

Pour ceux qui découvrent, voici un résumé des trois années écoulées !

Ce blog, c'est 74 articles et près de 600 photos qui racontent trois séjours en Bolivie, en 2011 pour deux mois, en 2012 pour un mois et demi, en 2013 pour quatre mois et demi. Une longue aventure pour étudier une langue indigène parlée par une quarantaine de personnes dans un village de la plaine amazonienne.
Les herbes hautes de l'inconnu.
Je ne vais pas faire un long résumé puisque j'ai déjà proposé deux résumés courts. Le premier porte sur le projet global et le second sur le travail de terrain. Si vous en voulez plus et cherchez à plonger dans les archives, jetez un œil au résumé des deux premières années. Sinon, piochez au hasard à partir du menu de droite.

Cette année, nouveau séjour ! Trois mois et demi loin de France, dont quinze jours au Brésil. Pour fêter ça, un nouvel aspect visuel pour le site. Un fond rouge, et un titre réalisé à partir d'une vieille carte sur laquelle figure les Siriono (à vous de trouver où !). Autre nouveauté, j'ai acheté un meilleur appareil photo, donc les photos devraient être un peu plus jolies. Par contre, je ne peux rien promettre quant au rythme de publication puisque j'vais avoir pas mal de boulot une fois là-bas !

Départ le 23 avril, premier article autour de cette date là !

A bientôt, si vous voulez bien revenir me voir à l'avenir !

samedi 5 octobre 2013

Trajet de retour

Je commence ce message dans un avion, survolant le sud de la France, bientôt rentré chez moi. Enfin chez moi, c'est une expression que je ne peux pas vraiment employer, n'en ayant pas vraiment. La chambre que je partageais avec ma compagne ne me convient plus, puisque ce n'est plus ma compagne. Chez mes parents, c'est plutôt la chambre de ma nièce que j'occupe rarement. J'ai un chez moi en Bolivie, à tout le moins, et la possibilité de m'en inventer un nouveau en France.

Mais trêve de considérations personnelles, ce récit est celui de mon départ d'Ibiato ! Je vous racontais précédemment que j'avais été à la chasse et que le camion était tombé dans un ravin, puis que mon taxi était sortis de la route dans une ligne droite. Je craignais donc qu'un troisième incident vienne conclure cette néfaste série.
Google Maps cartographie mal la Bolivie, mais voici un fragment pour mieux repérer les alentours d'Ibiato.
Nous sommes dimanche 22 septembre, je termine de faire mon sac et m'apprête à quitter le village. Le pasteur passe me voir pour me dire que la messe prévue pour bénir mon voyage ne se fera finalement pas car il doit partir avec le reste de l'équipe de foot pour jouer à Cerrito, un village des environ que je ne connais pas. J'entends d'abord Cerito, ce qui me fait sourire, car cero est le chiffre zéro et -ito un diminutif. Un petit zéro. Ce n'est pas ça finalement, cerro c'est le mot pour colline. Le pasteur de Trinidad arrive ensuite en camionnette, proposant d'emmener tout le monde, d'abord l'équipe puis les supporteurs dans un autre voyage. Ils me proposent d'y aller. Le plan c'est de repasser par le village puis d'aller à Trinidad ensuite en fin d'après midi pour que j'achète mon ticket de bus, que l'on partage un dernier repas là-bas avec mes hôtes, Hugo, le pasteur du village et sa femme. Et ce qui se passa fut bien sûr tout à fait différent.

Le second voyage à Cerrito tarda tant que l'on mangea notre repas de midi avant de partir, ce qui m'allait bien. Le voyage en camionnette ce fit sans trop d'encombre et la demie heure de voyage passa vite. Je retrouvais là-bas le président du territoire en train de picoler avec Hugo, mon collègue de boulot. Je m'assoie avec Fernando et Gladys, mes hôtes, qui m'invitent d'une bouteille de Coca Cola. Hugo nous offre une bouteille de bière, en faisant des grands signes montrant qu'il est déjà bien fait. Mes hôtes cachent la bouteille pour que le pasteur ne les voient pas boire, mais ils en rajoutent dans leurs verres de Coca dès que possible. Je refuse leur mélange infâme mais déguste tranquillement la bière.

L'équipe de foot d'Ibiato ne jouera finalement pas, l'autre équipe ne s'étant pas présentée. Les filles purent néanmoins jouer, l'équipe d'Ibiato contre celle de Ngirai, et c'est cette seconde qui l'emportera. Le pasteur part ensuite vers Ibiato, laissant sa famille. Son idée est de repasser les chercher et d'aller directement à Trinidad. Je monte donc dans la camionnette et fais un aller-retour pour aller chercher mes deux sacs à dos. Une heure plus tard, de retour à Cerrito, il s'avère qu'il y a pas mal de monde d'Ibiato, et qu'un autre voyage jusqu'à là-bas s'impose. On se tasse dans le camion. Je me retrouve écrasé sous mon sac de vingt kilos pendant une vingtaine de minutes puis je descends du camion à un croisement où il repassera dans l'autre sens. Je me retrouve avec la famille du pasteur, des jeunes chrétiens genre scouts et la fille du pasteur que je connaissais déjà. On discute, c'est plutôt sympa. Le temps passe, sans que le camion ne revienne. Finalement arrive les deux soûlards, dont Hugo qui débarque avec nous et vient vers moi me demander des sous. Il réalise qu'il n'ira sans doute pas en ville et voudrait que je lui donne de l'argent là, alors que je n'en ai pas. J'ai épuisé mes réserves en le payant le matin même, me montrant très généreux sur la dernière paye pour qu'il puisse acheter le bois pour la charpente de sa maison en construction, avec la mention que je ne voulais pas que ça serve pour de la bière. Je suis un peu énervé contre lui, d'autant plus qu'il est complètement ivre et puant.

Le camion ne vient toujours pas, nous téléphonons au village avec mon portable. Il est en panne. Le voilà le troisième soucis automobile de ma semaine. Les phares ne s'allument pas. Nous décidons de nous rendre à pied à Casarabe, le village suivant sur la route vers Trinidad. Ce n'est pas tout prêt et je ne suis pas très chaud, mais un jeune me propose de porter mon sac le plus lourd, alors je me retrouve avec seulement quatorze kilos sur le dos. Nous marchons avec entrain, laissant Hugo nous suivre en titubant. Je ne suis pas plus préoccupé que ça, sachant que je peux – au pire – partir seulement le lendemain, mon avion décollant seulement le jeudi. Peut-être grâce à une intervention divine, un pick-up s'arrête et nous prend en stop jusqu'à la place centrale de Casarabe ou nous pouvons attendre plus au calme. J'abandonne Hugo à son monologue sur l'argent que je dois lui donner et vais acheter une bouteille d'eau pour partager avec tout le monde, et une pomme pour moi, qui commence à avoir faim. Hugo me rabâche la même chose en boucle, et je finis par m'énerver et par aller marcher un peu plus loin afin d'éviter de le baffer. Je mange ma pomme et reviens discuter avec les enfants du pasteur.

Le camion finit par arriver, il est 19h30, heure à laquelle les premiers bus partent de Trinidad. Il est souvent beaucoup moins cher d'acheter son ticket dans l'après midi et je commence à douter de mon départ ce dimanche soir. Dans le camion arrive Fernando, qui devait dîner avec moi mais me dit qu'il est trop tard pour lui pour aller jusqu'à Trinidad et revenir. Il me dit qu'il est par contre possible d'arrêter un bus à Casarabe pour aller directement à Santa Cruz. Ça ne coûte pas plus cher mais par contre on ne peut pas enregistrer les bagages, ce qui ne me plaît pas trop. On tente quand même le coup, je charge mes bagages dans le premier bus qui passe, je paye le tarif normal et monte dans le bus. Le chauffeur m'indique, tout au fond, entre les deux rangées de fauteuils-lits une cagette en plastique surmontée d'un vague coussin. Ce sera mon lit pour la nuit.

(Je poursuis l'écriture depuis mon appart lyonnais) Je dors inconfortablement jusqu'à 4h du matin. Je me réveille alors, le bus étant à l'arrêt, plongé dans l'obscurité. Les gens s'éveillent petit à petit et j'écoute ce que disent mes voisins. Ils lâchent le mot que je m'attendais à entendre : bloqueo. Il s'agit d'un barrage routier, une modalité de grève légale en Bolivie et qui consiste à bloquer tout trafic routier sur un axe majeur. Il est probable que ça dure un jour ou deux. Un premier groupe sort et revient nous dire que nous sommes à environ cinq kilomètres de Pailon, un poste de douane pour les camions. Je ne réalise pas trop. Un autre groupe se décide à partir à pied, disant qu'il est préférable d'être dans les premiers pour n'avoir pas à attendre un taxi permettant de terminer le trajet. Je sors alors du bus et récupère mes deux sacs à dos que je lance sur mes épaules. Trente kilos ne m'empêcheront pas de marcher d'un bon pas dans la nuit. Je trouve un collègue de marche qui suit mon pas et nous discutons pour aller plus vite. Il m'explique que nous sommes à 20km de Santa Cruz et qu'il y a trois barrages. Du premier au second, il y a cinq kilomètres et des taxis font l'aller-retour pour un euro environ puis du second au troisième, il y a un pont immense où d'autres taxis font la navette. A partir du troisième barrage, il restera un taxi à payer pour arriver à destination. Je n'ai que peu de monnaie et préfère donc continuer à pied. Il fait frais, mais mes deux sacs me tiennent chaud. Nous arrivons au pont et je suis néanmoins exténué, bien qu'encore combatif. Je n'envisage cependant pas de marcher encore une heure avec le vent qui sera pire sur le pont. Je lâche cinquante centimes puis traverse le pont en moto. De l'autre côté, je m'engouffre dans un taxi et abandonne deux euros pour finir à quelques encablures de l'hôtel où je vais finalement m'effondrer.

Je ne réussirais pas à m'endormir après ce périple, nourris par l'adrénaline et un petit déjeuner composé de fruits frais. La nuit suivante je pourrai enfin récupérer et rencontrer un sympathique photo journaliste avec qui passer les derniers jours en Bolivie. J'en profite pour manger exotique, découvrant notamment un curieux restaurant japonais toscan. Le jeudi, je prends l'avion et cette partie là se passe sans encombre, avec seulement quelques enfants bruyants dans le premier avion.

Je suis donc de retour en France et ce blog va se reposer jusqu'à l'année prochaine. Je mettrai peut-être quelques nouvelles s'il se passe des choses dans ma vie en rapport avec ce projet, mais sinon, ça sera autour du mois de mai que reprendra mon voyage, avec un nouveau séjour long ! J'espère que mes quelques écrits et quelques photos vous ont plu et vous dit donc à bientôt !

dimanche 29 septembre 2013

Dernière semaine au village

J'écris le récit de mes derniers jours en Bolivie depuis l'aéroport de Madrid, car il m'a été impossible de l'écrire quand j'étais encore là-bas, tant j'ai été occupé. J'ai moins de temps à attendre que les autres années pour monter dans l'avion qui me ramènera sur mon sol natal, mais je crains que ça ne m'empêche pas d'écrire un très long message, ou deux, pour ne pas trop vous ennuyer.

Je vais commencer ce récit au week-end du 14-15 septembre où sont venus quelques pasteurs de La Paz dans le village d'Ibiato et terminer au dimanche matin, jour de mon départ du village. La présence des pasteurs visait à conclure une opération de réfection de l'église historique du village, qui tombe en ruine faute d'entretien. Et ils sont convaincus que c'est grâce à moi que cela pourra se faire, m'étant très reconnaissant. Qu'ai-je fais de si incroyable ? J'ai filmé l'église et pris quelques photos des murs délabrés pour les envoyer aux pontes de l'église. J'ai aussi aidé à écrire une lettre de sollicitude aux bons Samaritains pour qu'ils aident, utilisant mes incroyables connaissances en traitement de texte. En gros ça m'a pris trois heures et la paroisse m'en est très reconnaissante.
Le plafond de l'entrée.
Ce même week-end est arrivé un peu par hasard un duo polonais de voyageurs cinéastes. Ils ont reçus de leur ministère de la culture une bourse pour acheter un camion au Mexique et prendre la route du sud. Après dix mois de voyages, ils arrivent à Ibiato. Je suis content d'avoir un peu de compagnie, et nous échangeons de la musique et des images. Ils veulent aller chasser, et par chance, un vieux du village vient me voir pour me proposer de le filmer le lendemain. Je lui propose donc d'aller à la chasse. Il accepte à condition qu'ils aillent acheter des munitions, des cigarettes et de la coca. Ils sont en manque de clopes et vont donc faire un aller-retour au village d'à côté en acheter.
Lundi je suis donc allé à la chasse avec deux polonais, deux sirionos (un autre plus jeune nous accompagne), deux fusils, deux appareils photos et ma caméra. Nous avons marché un long moment sans voir un animal, passant par les trous d'eau où ils ont l'habitude d'aller boire en saison sèche. Il a plut deux jours avant et il y a des flaques un peu partout, ce qui n'aide pas. Finalement, nous apercevons un coati roux dans les fourrés. Le jeune ajuste son tir mais manque sa cible. Il le guette un moment puis tire encore, sans que la balle ne parte. Son fusil s'est enraillé et il ne fonctionnera plus de la journée, ce qui me va plutôt bien. Je ne tenais pas trop à voir mourir des animaux. Un peu plus loin, je perds de vue l'avant du groupe et reste perdu un moment avec un de deux polonais. Nous discutons en attendant les autres, incapables de les retrouver. Finalement, nous retournons ensemble guetter au bord d'un point d'eau. Le coin est magnifique mais l'attente inutile, les deux seuls oiseaux qui passent bénéficient de l'arme enraillée. Un peu affamé, je me décide à goûter la coca, qu'ils gardent dans la bouche depuis le matin. Bon ben, ce n'est pas exceptionnel, mais effectivement, ça coupe la faim et ça donne de l'énergie, ce qui me servira plus tard.

Tirer sur un animal ou tirer le portrait, chacun sa lubie.
Retour au camion, que nous avions laissé dans un ravin sur le bas-côté. L'arbre entre les roues avant est en dessous du niveau du chemin et il bloque la remontée du camion. Nous tentons de creuser avec les machettes, ce qui marche bien mais ne permet pas de sortir. Les deux polonais pensent qu'il est nécessaire d'appeler un tracteur ou une camionnette pour nous sortir de là. J'épuise mon crédit en vain. Les deux chasseurs décident d'aller chasser encore un peu dans la nuit qui tombe rapidement. Je me repose un moment dans le camion tandis qu'un polonais grimpe sur le toit du camion et prends des photos de la lune qui jongle avec les nuages. Il reste un bon quart d'heure, à prendre une photo toute les quatre secondes, manuellement, pour finalement que ça compose un film de quelques secondes. Il en est très content, une de ces meilleurs images. Je me lasse d'attendre et propose de creuser encore et d'utiliser le cric pour faire un caillebotis avec des troncs d'arbre tombés. Nous nous affairons à la lumière de la pleine lune et réussissons finalement à sortir le camion du ravin. Retour au village en joie, après un passage par le village voisin pour acheter quelques bières et des cigarettes.
Guetter est ce qu'ils considèrent comme chasser.
Le lendemain, alors que partent les polonais, j'avais prévu d'aller à l'autre village siriono, Ngirai – Pata de Aguila. Le ciel est nuageux et j'annule finalement mon voyage, car les enregistrements vidéos sans soleil sont tristes, et que le son du vent gâche souvent l'audio. Je passe une excellente journée à travailler avec Hugo, malgré trois interruptions. Une sollicitation de l'église par le biais du pasteur, qui voulait que je copie un film qu'avait les samaritains de passage au village ce jour là, et que je filme leur proposition pour l'église le soir même dans l'église. Une nomination des sportif, comme parrain pour les shorts et chaussettes de l'équipe de foot du village, qui va participer à un championnat départemental prochainement. Et enfin, les enfants du village, ou plutôt leurs parents, qui m'invitent à un anniversaire pour prendre des photos. Malgré tout ça, j'arrive à étudier trois vidéos intéressantes et à apprendre comment on dit « copain » de manière interjective dans la langue, je veux dire, pas la forme « un copain de ma soeur » mais « comment ça va, copain ? ». Il m'aura fallu deux ans d'études pour finalement l'entendre dans un enregistrement, et mon informateur a réalisé qu'il l'avait oublié.
Une séance de travail typique avec Hugo. Photo par Szimon, un des deux polonais.
Le lendemain, le temps est gris à nouveau et je décide d'avancer mon ultime voyage à Trinidad pour rentabiliser la journée. Le taxi se remplis et nous partons à l'aube, à dix dans une camionnette. Le chauffeur, Bladimir, s'endort dans une ligne droite et la voiture glisse jusqu'à un étang où elle plonge jusqu'à la moitié du moteur. Nous sortons par l'autre côté et attendons sur la route que passe un tracteur. Par chance, très vite passent les bons samaritains qui appellent un copain qui vient avec un pick-up et aide le taxi à sortir son véhicule de la boue.

Je passe une journée de folie à Trinidad, réglant une douzaine de choses que je dois faire avant de partir, notamment récupérer à la poste un colis d'Aurore qui s'avère être un sympathique puzzle-cube à la Rubik. Je passe à la douane payer une partie de l'amende que je dois payer à cause de mon temps de présence en Bolivie, qui dépasse le visa touristique. Je mange une dernière fois du pacu en cebiche, une préparation de poisson froid au citron à se damner. J'achète aussi à boire pour ma soirée de départ d'Ibiato. Le retour au village ne se fait pas simplement cette fois-ci, nous ratons le dernier taxi et sommes obligés d'aller au village d'à côté et de terminer en moto.
Et oui, c'est le printemps qui arrive ! Au fond, une voiture qu'ils désossent petit à petit.
J'arrive à jeudi, ou j'avais prévu d'aller à Ngirai, même si le temps n'est toujours pas génial. J'y suis allé pas mal de fois finalement, sur ces trois dernières semaines et c'est presque exclusivement là-bas que j'ai réalisé mes enregistrements vidéos. Je revois Doña Mery qui m'appelle Jakwanindou (je francise l'orthographe, ils écriraient nyakanindu), le jeune, en siriono. Nous enregistrons une bonne petite heure puis nous sommes happés par une commission qui va observer l'occupation d'une partie du territoire Siriono par un fermier. Je les accompagne pour faire quelques images qui leurs serviront comme témoin d'un vol de plusieurs hectares. Retour au village en début d'après midi, où j'enregistre encore quelques histoires puis des discussions de groupe, ce que je n'ai pas encore trop fait mais qui amène des données linguistiques intéressantes. Nous poursuivons ensuite la discussion autour d'une bière, pour fêter mon départ du village. Ils sont très émus, et reconnaissant pour ce que l'on a fait ensemble. Pas vraiment pour l'argent que je leur ai donné, qui est assez peu finalement, que pour le sentiment de compter. Je donne de l'importance à ce que leurs voisins et leurs enfants mésestiment et c'est ça le plus important finalement. En écoutant des vieilles chansons dont la fin manque, une femme d'une cinquantaine d'année a eut des larmes aux yeux, réalisant qu'elle n'était pas capable de compléter la chanson, et que peut-être, personne ne pourrait le faire. Avec ma présence au village, ils ont réalisé que leur culture se perd.
Les enfants se montrent parfois intéressés par les enregistrements réalisés.
Je crois en fait que le fait de considérer que la langue est partie de la culture est une vision occidentale. La langue d'un groupe humain évolue avec les contacts et de nombreux groupes ont changés de langue au cours de l'histoire. Ce qui change aujourd'hui, c'est la possibilité technique de conserver des parties de ces langues, des fragments. On tente de patrimonialiser, non de conserver mais d'inscrire la trajectoire humaine dans des archives. Pour les histoires traditionnelles, ça marche parfois, comme pour le patrimoine russe par exemple, ou des frères Grimm, mais pour une langue ? Quand un groupe humaine décide de changer de moyen de communication, est-il souhaitable d'archiver sa langue ? De rendre accessible aux futures générations l'identité de leurs parents ? Ou, quand c'est possible, est-il mieux de remettre la langue en usage, de développer le bilinguisme entre une langue liée à l'économie mondialisée et une langue liée à la culture et à la tradition ? J'ai quelques réponses, bien sûr, mais je pose ces questions pour vous, donc n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez par rapport à votre vécu.
Les terres Sirionos volées par un fermier de la région (jusqu'aux arbres).
Le vendredi, j'ai encore enregistré de nouvelles histoires, le matin avec le chasseur du lundi, l'après midi avec l'ancien du village qui m'a finalement accepté. Le pasteur du village m'a invité à manger à midi pour inaugurer la cocotte minute qu'ils venaient d'acheter. Une journée studieuse mais bien agréable, car beaucoup de choses ont pu se terminer. Je n'ai pas rangé ma caméra pour autant. Le samedi matin est venu un couple que je n'avais pas encore pu enregistrer, malgré qu'ils parlent très bien la langue et qu'elle fut présidente de l'organisation des femmes du village durant la première marche indigène (j'ai parlé de ça il y a quelques temps). Nous avons beaucoup discuté avant d'enregistrer, pour clarifier l'objectif de mes enregistrements, ce que j'ai fais jusque là et comment ils pourraient participer. Nous avons ensuite fait de bien bons enregistrements jusqu'à midi. Un repas simple, mes hôtes ayant passé une bonne partie de la matinée à préparer du gâteau et une boisson à base de maïs cuit pour ma soirée de départ. Je me repose une petite heure puis retourne voir l'ancien du village qui veut conclure ses enregistrements. Il me chante quelques nouvelles chansons traditionnelles que j'enregistre avec grand plaisir. Je compte mentalement le temps qui s'ajoute à ce que j'ai déjà. Je sens que je dépasse les 19 heures d'enregistrement, sans atteindre les 20. En même temps, c'est l'objectif que j'ai proposé à la bourse qui finance mon voyage, pour la fin de mes trois ans d'étude. Je leur ai dis aussi qu'il y aurait au moins 5 heures élicités, étudiées, et ça, je l'ai fais. C'étaient des objectifs à accomplir en trois ans, j'ai pris pas mal d'avance de ce côté là, ce qui est très bon. Par contre, pour l'étude de ces données, il me reste beaucoup à faire.
Une séance d'enregistrement dans ma maison, dont le mur du fond a enfin été mis en place.
Je range finalement ma caméra, que je sortirai une ultime fois le lendemain, pour prendre une photo de l'équipe de foot du village en tenue, prêts pour le championnat. Nous nous installons ensuite devant ma maison, pour faire une petite soirée tranquille. En même temps se fait un anniversaire qui a attiré plus de monde que ma soirée de départ, ce qui était très bien, puisque je n'ai vu que les gens que j'aimais bien, et non pas tout le village. Plusieurs personnes ont dit des choses très émouvantes. J'étais fier de ce qu'ils me disaient, content de voir que ce que j'ai fais ces derniers mois à servis, et triste de partir. J'ai remercié les gens, surtout Hugo, mon collaborateur, qui est une personne que j'apprécie énormément, malgré sa propension à l'ivrognerie. Je refusais qu'il se saoule ce soir là et j'avais donc acheté uniquement du cidre, pour trinquer. J'avais trouvé aussi du curieux cidre de fraise et du doux cidre d'abricot, plutôt bons. J'avais aussi acheté du Sprite, ce qui les changeaient un peu du Coca Cola. Mon hôte avait préparé de la viande avec du riz, comme d'habitude. Par manque d'organisation, ils n'ont pas pu trouver de manioc au dernier moment et ont raté les chasseurs qui revenaient de la chasse. Peu m'importait, en fait, c'était tranquille et ça m'allait bien. Le président du territoire est passé un moment, complètement ivre. J'ai attendu qu'il reparte pour proposer aux derniers lurons présents de goûter de ma bouteille secrète. J'avais prévu une petite bouteille de mezcal, Gusano Rojo, qui porte bien son nom puisqu'au fond de cette spécialité mexicaine reposait un vers. Je leur ai fais découvrir la manière de boire à l'occidental (je ne sais pas d'où ça vient ?) en mélangeant avec de la limonade (ici du Sprite) et en frappant le verre avant de boire la mousse. Du coup, nous ne nous sommes pas saoulés et la dernière tournée, à guetter dans quel verre allait tomber le vers, était mémorable.
La fête dans ma maison, avec à gauche Fernando (mon hôte), Erik (de l'histoire avec l'anneau), Hugo, Ezequiel (le pasteur), moi, Bela (la femme du pasteur), la voisine, plusieurs personnes avec qui j'ai enregistré et enfin, l'ancien du village.
Je me suis réveillé à l'aube, ayant pris le rythme bolivien, et j'ai balayé les restes de la fête devant ma maison. J'ai ensuite fais mes deux sacs, avec la crainte de ne pas pouvoir les fermer, obligé de laisser plusieurs vieux t-shirt et chaussettes trouées. J'ai pu les peser et voir que je pouvais y faire rentrer mon hamac finalement, en plus de mon charango. J'ai nettoyé ma chambre, qui servira pour un des deux enfants et je me suis préparé au départ. Un départ qui ne se passa absolument pas comme prévu, ce que je vous raconterai dans un prochain message, celui-ci étant déjà bien long !

samedi 7 septembre 2013

Intégration


J'espère que vous avez des mains pour vous accrocher, car ce message s'annonce très long ! Je pars sur un petit résumé de mon boulot en Bolivie puis vous détaille la semaine passée et les diverses évolutions dans la perception qu'ont les gens de ce que je fais. Pour illustrer tout ça je vous propose des images tirées d'un petit film que j'ai fais en voyageant sur le toit d'un camion entre les deux villages siriono, Ngirai - Pata de Águila, dont j'avais parlé il y a deux ans et Ibiato, dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises.
Ngirai, avec l'école au fond, et à droite, une maison en brique en construction.
Je suis en Bolivie depuis bientôt quatre mois avec deux missions complémentaires : étudier la langue siriono pour écrire une grammaire ; documenter la culture siriono en filmant des histoires racontées dans la langue. Le premier aspect est pour l'université, pour écrire ma thèse de doctorat, pour laquelle j'ai une allocation doctorale mensuelle. Le second pan est une obligation que j'ai contracté vis à vis de la fondation qui finance mes expéditions en Bolivie. Ils me donnent de l'argent pour le matériel vidéo que j'utilise, les billets d'avions, mon pain quotidien et l'argent que je donne à mes collaborateurs. En théorie, je n'ai pas à toucher à ma paye quand je suis en Bolivie. Mais dans les faits, c'est beaucoup plus compliqué. Je dois m'intégrer dans une communauté, faire accepter ma présence et mon projet.
La piste qui part,...
Je dois donc gérer au quotidien les sollicitations financières et les négociations sur ce que je peux apporter à la communauté. Je viens pour eux, pour aider leur communauté à ne pas perdre leur culture. Mais quelle valeur peut-on donner à la culture quand les gens vivent dans la misère ? N'y a-t-il pas en même temps à leur apporter de l'aide humanitaire ? C'est une question complexe, sur laquelle j'essaye d'avancer en suivant mon éthique personnelle. Je suis partis de quelques principes de base, notamment que ma présence ne change pas de manière notable la vie de certains au détriment d'autres. Je paye ceux qui m'aident, mais je ne leur donne pas des milles et des cents. Je paye environ 1,10 euros pour une heure d’enregistrement de vidéo et 2,20 euros pour une heure d'étude de la langue, qui demande beaucoup plus de concentration et de motivation.
...qui file à travers la jungle.
Par chance, j'ai trouvé une personne excellente pour m'aider à faire l'étude des vidéos et c'est surtout ça que j'ai fais jusque là. Hugo est un homme génial. Il doit avoir autour de cinquante ans je crois. Lorsqu'il était jeune, sa famille l'a confié à un éleveur pour qu'il paye son éducation en échange de travail à la ferme. Il a été envoyé ensuite dans un institut où il a suivis des cours pour devenir enseignant ou avocat. Il n'a pas terminé la partie pour l'enseignement à cause d'un mouvement politique (marche indigène, j'en ai déjà parlé) qui l'a vu être nommé président des Siriono. Il s'est retrouvé chef de tout son groupe alors qu'il était encore jeune. Puis il s'est marié, a eu cinq enfants, dont un qui est mort car sa mère lui a donné un aliment prohibé par un tabou traditionnel. Il a été élu représentant des Siriono au niveau départemental puis vice-président de la coordination départementale, remplaçant même le président pendant un mois où il était hospitalisé. A la même époque, il jouait dans l'équipe de foot du village, qui gagnait tous les matchs de la région en jouant pieds nus. Il a siégé quelques temps dans un tribunal également, et si il va chercher quelques papiers à divers endroits, il pourrait être avocat. Il est finalement revenu au village, tandis que sa femme le quittait pour un autre. Il a été choisis comme représentant légal du village, responsable de tout un tas de choses, même si il préfère aujourd'hui s'éloigner un peu de ses responsabilités qui l'oblige en tant que chef à prendre soin de tous, dépensant jusqu'au dernier denier pour les autres et vivant finalement dans une cabane assez misérable.
Le soir tombe, et c'est un autre endroit de la piste, malgré que ça paraisse identique.
Petit à petit, au fur et à mesure de nos collaborations, il s'est rendu compte qu'il connaissait bien sa langue mais qu'elle était également intéressante comme objet en soit, comme valeur culturelle mais aussi comme objet culturel. Il ne m'a jamais aidé pour l'argent, contrairement à beaucoup d'autres, mais d'abord parce qu'il avait la responsabilité de vérifier que mon travail soit correct, qu'il soit bien fait. Il a ensuite continué parce que ça l'intéressait. Ce que raconte les autres dans les vidéos que je fais, il le sait, mais il est content de le travailler dans le détail, pour le garder sous la langue ensuite et le retravailler pour le raconter à son tour. Il veut devenir professeur de langue à l'école maintenant. Il a l'impression de se former en même temps qu'il me forme, que l'on est dans un exercice gagnant-gagnant. Et c'est vraiment très agréable. Du coup, j'ai beaucoup bossé avec lui, comptant d'abord les heures sérieusement puis arrondissant allègrement, lui filant des bonus et des cadeaux quand je peux. Pour son anniversaire, je lui ai acheté de jolis bottines en cuir à vingt euros, il en est tout fier. C'est un type avec qui j'adore discuter et qui me manquera certainement à mon départ.
La piste traverse un temps la plaine.
Bon, du coup, j'ai passé la majeure partie de mon temps de travail avec lui, me concentrant sur le premier objectif, l'étude de la langue. J'avais enregistré en novembre-décembre environ six heures de vidéos et nous en avons étudié quatre heures et demi. J'ai réalisé début septembre que c'est excellent, j'ai de la matière pour mon temps en France et j'ai bien avancé sur les objectifs que je me suis fixé pour ma bourse de terrain. Pour la fondation, je dois rendre vingt heures de vidéos, dont au moins cinq heures transcrites, c'est à dire avec ce qui est dit noté dans la langue et traduit. J'ai donc bien avancé !
Une plaine inondée pendant la moitié de l'année, où restent quelques trous d'eau.
Mais par contre, je n'ai pas avancé pour l'enregistrement de vidéos. Et début septembre j'ai décidé de remédier à ce problème en me focalisant sur ce point, que j'avais volontairement laissé de côté. Et j'ai bien fait. D'une part car je comprends maintenant mieux la langue, pouvant comprendre une partie des histoires que je filme, discuter du sujet avant qu'ils ne commencent, répondre à quelques questions. Et d'autres part parce que je suis maintenant bien mieux intégré dans le village. Dès mes premiers pas, il y a plus de deux ans, on m'a envoyé voir l'ancien du village, Don Bixente. Et dès le départ, il a été réticent vis-à-vis de ce que je lui proposais et même presque hostile à mon encontre. Il avait l'impression que je venais voler ses connaissances pour les revendre à l'étranger et gagner de l'argent. Il était prêt à me vendre quelques histoires, mais en espagnol, pas dans sa langue, puisqu'il pensait que personne n'était intéressé par la langue, que plus personne ne voulait la parler. J'ai tenté de discuter avec lui plusieurs fois, mais j'avais du mal à tenir la conversation, parce qu'il est très ancien, parle avec difficulté et ne comprend pas toujours ce que je dis. Et aussi parce qu'il est très difficile de défendre son intégrité quand on fait quelque chose qui paraît désintéressé, quelque chose dont on ne retire pas en premier lieu un bénéfice financier.
Plusieurs types de végétation différents, mais je ne sais pas si ça se voit bien.
Finalement, il a accepté que je vienne le voir avec ma caméra grâce au travail de fond qu'a fait Hugo avec lui. Il va le voir tous les jours depuis des années, et ces derniers mois il lui a raconté ce que nous étions en train de faire, les avancées mais aussi les erreurs dans les enregistrements des autres, les imprécisions qu'il aurait voulu voir corrigé, les sujets dont il est persuadé que l'ancien est le meilleur pour ça. Et à force de discussion, il m'a donc invité à aller le voir. J'étais très honoré, parce que c'est pour moi une sorte de haute reconnaissance de mon intégration dans le village et une preuve pour tous que ce que je fais à une valeur pour eux, que je ne suis pas un exploiteur. Bon, il reste encore deux vieux réticents, qui considèrent que je ne les paye pas assez pour que ça les intéresse. Mais j'ai bon espoir, à mon retour l'an prochain, ils auront entendu parler de ce que je fais par tout le monde, ils auront peut-être même vu les copies des vidéos que je grave à tour de bras. Peut-être alors accepteront-ils de me raconter quelques histoires. En fait, ce n'est pas important pour mon étude linguistique, ce n'est pas important pour l'archive que je dois faire pour mon mécène. C'est important pour la communauté, uniquement pour eux. Mais ça serait néanmoins un échec personnel si je termine ce projet sans leurs visions de l'histoire, sans avoir toutes les pièces du puzzle.
Il avait plut dans l'après midi, le camion ralentissait quand c'était trop boueux.
Je suis donc allé chez le vieil homme et il m'a raconté une petite dizaine d'histoires courtes, des enregistrements succincts, précis, sans répétitions ni digressions. Des bulles magnifiques, de courtes plongées dans sa culture, parfaite pour montrer aux enfants qui se lasseraient de vidéos plus longues, et parfaites pour l'étude, parce qu'une vidéo de cinq minutes c'est environ trois heures de travail. Même si le temps diminue et varie selon le rythme du récit, ça reste un boulot long. Et c'est démotivant de se dire qu'on attaque une vidéo de vingt minutes qui nous durera deux semaines. J'en ai déjà fait trois comme ça, j'en ai encore une à terminer, et c'est moins motivant, parce que l'on a pas de vision globale du récit. Ce fut donc un grand moment pour moi. D'autant plus qu'il termine en me disant que lorsqu'il reçoit une machette, il est content, que ce soit une grande machette ou une petite, parce que la personne n'a pas pu lui offrir une plus grande, c'est le geste qui compte. Une comparaison bien agréable à entendre. J'ai donc compté très largement les heures passées avec lui au moment de rédiger le reçu que je dois leur faire.
L'embranchement pour Ibiato, à gauche ou pour continuer vers Casarabe.
J'ai décidé ensuite de me rendre à l'autre village, où plusieurs personnes m'attendaient pour être enregistrés, après que je les eut enregistré une première fois il y a deux ans. Un couple dont l'homme est tout à fait désagréable mais un très bon locuteur. Le problème est sa référence constante à Dieu et son misérabilisme qui le fait me courir après dix fois pour obtenir une petite pièce. C'est un petit peu ça qui a tant retardé mon voyage à l'autre village, qui dure une bonne demie heure en moto. Par chance, réunion d'urgence là-bas mardi, et j'y vais donc, emportant ma caméra. Comme d'habitude, la réunion prend du retard, commence à 16h alors qu'elle était annoncé le matin et je ne fais donc pas d'enregistrements. Je reviens avec un camion à bois et en profite pour grimper sur la cabine avant et filmer le trajet à la Mad Max, ce qui illustre ce texte.
Le chemin d'Ibiato, qui était plus large il y a deux ans, lorsqu'il était tout neuf.
Je demande alors à mon copain taxi de passer me prendre à 7h le lendemain pour aller à mon rendez-vous avec Mario (j'utilise même pas de pseudo, leurs prénoms sont rigolos, non ?). Il passe me dire qu'il doit voir quelqu'un dans le village et finalement il ne revient qu'à 9h...heure à laquelle Mario m'avait dit qu'il irait chercher du bois si il ne me voyait pas venir, pour ne pas perdre sa journée. Je décide donc de ne pas y aller, d'autant plus que Hugo arrive, très motivé pour bosser avec moi. On s'assoit, l'allume mon ordinateur, il me dit que l'ancien voudrait enregistrer d'autres vidéos, j'éteins mon ordinateur. Il enregistre quelques vidéos en me regardant fixement, parlant à la caméra puis nous convenons de changer un peu le format pour que ce soit plus vivant, en filmant l'ancien avec mon collègue qui lui posera des questions et le relancera. Nous nous installons à l'intérieur pour réduire le bruit causé par le vent, et ça donne des enregistrements excellents, parmi mes meilleurs.
Il tourne pas mal, revenant vers Casarabe, contournant un marais.
L'ancien me dit qu'il voudrait aussi me raconter et chanter ce qui se dit lorsque les Siriono boivent ensemble, mais que pour ça, ben, il faut boire. Nous en discutons un moment. La veille au soir, mon hôte m'a dit que se serait l'anniversaire de Bixente. Je me dis donc que pour cette fois, je vais faire une entorse à ma règle de ne jamais acheter d'alcool et accepter d'offrir une cagette (14 bouteilles de 60cl, environ 9 litres de bière tropicale, 20 euros) et de trinquer tous les trois l'après midi. Sur le chemin pour rentrer manger je demande à mon collègue quel âge ça va lui faire. Il me répond deux ans et je réalise soudain que ça sera l'anniversaire du petit à qui on a donné le même prénom que son grand père, et non du grand père ! Et cet anniversaire est reporté au lendemain, faute d'organisation...Je fais un aller-retour à Casarabe en moto (environ 1h) pour aller chercher ça, j'en profite pour acheter des pommes, parce que c'est bien de manger des pommes.
Voilà le projet de plantation de bananes plantains qui s'étend de part et d'autre du chemin.
Je tente de me reposer un peu puis nous nous retrouvons pour trinquer et partager des bonnes histoires. L'ambiance est amicale, sympathique, posée. Je n'impose aucun enregistrement, attendant leur demande. Hugo ne perd pas le nord et régulièrement propose à l'ancien de raconter ça pour la caméra, parce que ça l'intéresse vivement. La femme de l'ancien nous rejoins un moment, ils chantent quelques chants traditionnels puis ils sont trop saoul pour enregistrer davantage, et il commence à faire sombre. Nous continuons jusqu'à 20h environ, pour terminer la cagette. J'ai abandonné en cours de route, pour rester sobre mais mon collègue finira, comme bien trop souvent, complètement bourré. L'an dernier, l'histoire en ville, c'était avec lui, si vous vous souvenez.
Et on arrive vers le village, avec les premières maisons.
Un bilan glorieux pour une journée qui avait mal commencée. Mais je ne décourage pas d'aller à l'autre village et je demande au taxi de repasser le lendemain, bien à l'heure cette fois. Et effectivement, il me tire du lit à 7h30. Je me lève frais comme un gardon, enfile un sweat parce que le fond de l'air est frais et hop, en moto. Je retrouve Mario et sa femme, ils remercient le seigneur pour ma venue et nous enregistrons. Autre style, ils font des vidéos à tour de rôles, parlant à chaque fois pendant longtemps. Particulièrement lui, allant même jusqu'à me faire une vidéo de quarante minutes que je n'étudierai pas, c'est sûr ! Leurs façons de parler sont intéressantes néanmoins. Je n'apprends pas grand chose de nouveau dans le fond mais ils utilisent certaines expressions que les autres n'utilisent pas trop, donc c'est bien pour mon étude.
D'autres maisons, bâties assez espacées, comme si il s'agissait d'un lotissement.
Le problème est que dans l'autre village, il n'y a pas l'électricité et ma batterie de ma caméra se décharge petit à petit. D'autant plus qu'ils réclament de regarder leurs enregistrements à chaque fois. Vers midi, la batterie est à plat, et c'est là qu'arrive mon hôte d'Ibiato, venu vendre des glaces et inquiet pour moi ! Il me sauve d'une longue discussion sur la misère et l'aide que je vais leur apporter, même si Mario vient me siffler sur le chemin du départ. Je lui promets de revenir le lendemain et file pour arriver à l'anniversaire du petit Bixente où je suis de corvée de photos.
Arrivée au village, avec en bleu céleste, l'église de l'Assemblée de Dieu, une des deux églises du village.
J'y retourne effectivement le lendemain matin, après avoir attendu une heure le taxi. J'y vais cette fois avec mon collègue et nous allons d'abord voir une autre femme qui nous conte deux histoires d'un quart d'heure chacune puis nous propose de revenir une autre fois, ayant d'autres choses à faire de sa journée. Nous allons alors chez Mario et Mery, sa femme, pour enregistrer des histoires de 11h à 15h environ. Je les paye cette fois puis nous rentrons à Ibiato manger et nous reposer.
Terrain de foot, ancienne piste d’atterrissage, prochainement réaménagée en place, un nouveau terrain de foot devant être construit ailleurs.



Finalement, j'ai commencé ce billet par des explications très générales pour vous détailler ensuite quelques jours sur le terrain, comme un vrai journal intime. Je ne sais pas si ça sera intéressant à lire pour vous, mais pour moi, ces jours-ci sont parmi les meilleurs, les plus pêchus et les plus enrichissants. J'espère que ça va continuer ainsi jusqu'à mon départ du village, le 22 septembre. Je pars avec un peu d'avance vers Santa Cruz pour être sûr de ne pas rater mon avion qui décolle le 26, arrive en France le 27 à 19h40. Mais je ne compte pas les jours, je profite du présent, de ma nouvelle maison et des gens que je côtoie, à qui je change la vie, et qui changent la mienne. Mais de ça, je parlerai une autre fois ! De même que mon expédition au rio Cocharca ce samedi, à la recherche des tortues !

dimanche 25 août 2013

Le cimetière de Sucre

Je vous en avais parlé dans un précédent message, j'ai visité le cimetière de Sucre. Je n'ai pas écrit d'article sur le coup mais je vous en propose un aujourd'hui, en revoyant mes photos. En fait, le cimetière n'a rien de particulièrement exceptionnel, il est différent de celui de Trinidad mais ressemble pas mal à celui de Santa Cruz, avec en plus des décorations qui semblent très inspirées de celles du vieux continent. La visite ne fut pas particulièrement pleine d'émotion, sans doute parce que j'étais avec un collègue et que nous avons discuté tout du long. Ce n'était pas l'idéal pour apprécier le lieu, et pourtant, j'aime bien les photos que j'ai pris ce jour là.

Mon quotidien n'est pas fait de cimetière, et ça va plutôt bien ces jours-ci. Je me suis bien installé dans ma nouvelle chambre mais il me reste encore des choses à faire, du coup je bricole pas mal. Le froid me motive à pelleter de la terre ou à déplacer des planches pour me réchauffer. J'ai ainsi cloué un volet pour ma fenêtre et comblé les trous dans le sol de ma piaule. J'ai aussi nettoyé derrière la maison, la partie qui est maintenant sèche. J'ai désherbé à la machette puis rassemblé les déchêts pour les brûler. Ça ne fait pas avancer mon étude mais ça m'occupe l'esprit et me permet de ne plus penser au fait que ma compagne soit partie à cause de ma présence en Bolivie. Je sais que ce que je fais à une valeur, c'est important pour de nombreuses personnes, plus important que ne l'était ma relation, même si elle me plaisait bien. Du coup, j'avance, et même si je regarde un peu en arrière aujourd'hui pour vous proposer ces quelques photos, c'est pour mieux aller de l'avant.

Je vais essayer de vous proposer un autre article sous peu, d'ici là profitez de ce soixante-dixième article (septantième article) !

L'allée centrale où est passé une procession un peu plus tard, je n'ai pas osé les photographier.
Des tombes massives et plutôt anciennes.
A nouveau les cages à lapin remplies de fausses fleurs en plastique.
Une autre allée, avec une perspective un peu bizarre.
A vrai dire, un cimetière c'est surtout des allées et des tombes, non ?
D'ailleurs, voici des tombes, avec leurs petits jardins privés.
Et voici un mausolée avec une inscription un peu étrange en haut à droite (cliquez pour agrandir)
Une autre tombe avec à côté des tout petits trous pour enterrer des tout petits gens, ou des plantes, je ne vois pas bien.
Cette barre d'immeuble a même des petits stores pour protéger les résidents du soleil !
Et au fond, un champ de croix et un immeuble impressionnant.
Voilà voilà, ça sera tout pour cette fois ! A bientôt pour un sujet un peu plus joyeux !

mardi 20 août 2013

Construire une maison

Je ne vous en ai pas parlé avant car j'attendais que ce fut terminé, et maintenant ça y est, j'ai emménagé dans ma propre maison ! Souvenez-vous, j'habitais jusque là dans une chambre de la maison de Fernando Dicarere. La première année j'avais partagé la chambre avec les enfants, les deux dormants dans un lit, moi dans l'autre. Ce n'était pas très agréable ni pratique pour travailler, j'étais obligé d'aller à droite à gauche pour trouver un coin tranquille où bosser. L'année dernière, ils avaient déplacé le lit des enfants à côté du leur et j'avais donc la chambre pour moi tout seul, avec la possibilité d'y faire venir les gens pour travailler. Beaucoup de bruit autour mais néanmoins un espace plus agréable et plus chaleureux. Ça, pour la chaleur, il y en avait pas mal ! Le plafond de cette chambre est très bas, de plaques d'aluminium bouillantes. Les murs étaient de terre à peine tassée entre des tiges de bambous, s'effondrant en de nombreux endroits, rendant la pièce poussiéreuse et les murs inexistants par endroits. Le sol était de ciment pour une partie, de terre pour le reste, là aussi assez sale.
Hey non, ce n'est pas le chantier de ma maison, j'ai préféré quelque chose de plus traditionnel !
Cette année, je me suis installé de nouveau dans cette chambre, avec néanmoins toujours l'idée d'en changer un jour, ce que je n'ai finalement pu faire qu'à mon centième jour en Bolivie. En fait, Fernando, mon hôte, se débrouille avec des prêts bancaires et la vente de vivres et sodas au village. Il apprécie grandement le loyer que je leur paye, qui leur permet de continuer à magouiller sans vraiment travailler. Sa maison est vieille et il voulait en changer depuis longtemps, me parlant déjà de ça la première année où je suis venu. Je ne prévois pas de vivre en Bolivie et je ne voulais donc pas d'une maison à moi, cependant un endroit un peu plus agréable pour passer les mois qu'il me reste à vivre au village me paraissait une bonne idée. J'ai donc négocié avec Fernando pour que nous partagions les frais en deux, la moitié pour moi l'autre pour ses enfants.
Partage des poutres à la tronçonneuse.
La première étape fut de nettoyer un bout du lot de Fernando pour y installer la maison. Je me suis proposé à plusieurs reprises pour donner de la machette mais ils n'ont pas voulu me laisser faire et ont préféré payer un voisin pour qu'il le fasse. Le sol au centre de la zone était inondé, ce qui lui arrive chaque année, parce que tout ce coin est trop bas. On a donc dû attendre que ça sèche pour brûler les broussailles et dégager l'espace. Encore du temps d'attente ensuite avant que Fernando ne se procure les poutres pour débuter la construction. Ce n'est que début juillet qu'a finalement pu commencer le chantier.
La fine équipe, avec la femme du pasteur à droite, le pasteur puis deux voisins et une voisine de passage.
J'ai alors pu découvrir un drôle d'outil qui s'appelle la bouche-de-loup, ou bocalobo en espagnol, ce qui n'a rien à voir avec la queue-de-loup. Il s'agit de deux pelles reliées ensemble juste au dessus des lames, créant une sorte de mini-pelleteuse manuelle qu'il faut plonger dans le sol fortement pour arracher des bouchées de terre. Ils m'ont laissé faire le premier trou mais c'est épuisant alors je leur ai volontiers laissé faire les suivants. Les deux travailleurs étaient un voisin ainsi que le pasteur du village, à qui j'ai offert un t-shirt de l'équipe de foot de Lyon. Fernando s'occupait de les payer mais n'a que très rarement donné un coup de main, se contentant de regarder l'avancée du chantier. Ce qui ne me plaisait pas du tout. J'ai donc poursuivis le désherbage et le nettoyage des nombreux déchets qui envahissaient le terrain. Comme il n'y a pas de système de ramassage des poubelles, les déchets s'envolent et terminent dispersés un peu partout.
Les travailleurs s'activent, sauf Fernando, qui sert à boire et moi qui prend des photos, faute de pouvoir aider à cette étape.
Une fois les colonnes installées, il a été possible d'installer le toit, en ajustant des poutrelles puis en clouant des plaques d'aluminiums de 3m de long. C'est à ce moment là que Fernando a réalisé qu'il n'avait pas donné les bonnes dimensions pour la maison. Elle fait 8m de large par 5,50m alors qu'elle n'aurait dû faire que 5m de profondeur. Les deux chambres font donc 4m x 3m et le corridor extérieur est assez immense. En dépassant d'un demi mètre sur la prévision, ça obligeait à couvrir le toit avec deux plaques et demi au lieu de deux. Un mince désagrément mais des dépenses supplémentaires, d'autant que Fernando n'a pas voulu écouter mon calcul de surface et s'est retrouvé avec cinq plaques de trop. Ce qui lui a permis du coup d'agrandir sa maison d'une nouvelle pièce.
Le pasteur est en jaune cette fois, en train de clouer les plaques d'aluminium.
Tout cela a fait plus de frais que ce que j'avais prévu initialement, mais la plus grande partie pourra être couverte par la bourse qui me finance. Je vais voir comment je vais m'arranger au finale, mais normalement, j'ai atteins le bout de mes finances pour cette année, ayant déjà payé mon loyer pour le dernier mois. Mais je sens que mon hôte va encore me solliciter bien des fois ! La gestion de mes ressources est loin d'être évidente, et même si j'essaye de dépenser le moins possible, je réalise de temps en temps qu'en fait, j'ai une paye maintenant et donc potentiellement pas mal de sous que je peux utiliser pour améliorer mon quotidien.
Dimanche, les voisins se sont installés pour profiter du spectacle.
Le toit a été terminé le 14 juillet, ce qui est le jour de l'anniversaire de Fernando ! On a donc fait une veillée et une messe dans ce nouvelle espace, avec le pasteur qui aidait à construire et pas mal de litres de soda. C'était plutôt rigolo, à vrai dire, même si les chants religieux étaient à la limite du supplice et l'explication d'un passage de la Bible débordant de contradictions. Je préférais néanmoins ça à une soirée alcoolisée car ils ne s'arrêtent de boire qu'une fois qu'ils sont tous en larmes. Même pas de vin de messe, juste du soda, des assiettes de riz au poulet et une protection divine sur ma future maison.
Les gens réunis dans ma maison pour la messe du dimanche soir
L'étape supplémentaire était d'ajouter de la terre pour éviter que la maison ne se retrouve inondée pendant la moitié de l'année. Pour cela, Fernando a négocié avec un camion qui venait faire des travaux pour la commune en leur payant le petit déjeuner, ainsi que quelques billets. Moins que si j'avais négocié seul, évidemment. Il a pu obtenir ainsi deux camions de terre que nous avons déchargé avec le voisin. Fernando a dû décharger environ 10%, moi peut-être 25% et le voisin le reste. Le sol s'est surélevé de trente centimètres environ, et j'ai redécouvert plein de muscles que je n'avais pas utilisés depuis longtemps.
Le rêve de tout jardinier : des tonnes de terre sans une pierre !
J'ai dû partir ensuite à Sucre, laissant le chantier en cours. Fernando m'assura que la maison serait terminée à mon retour afin que j'y aménage pour la fête du village, le 2 août. Je n'y croyais pas trop et effectivement, à mon retour il y avait trois murs de plus, mais il manquait encore la façade et les portes. L'installation électrique avait été faite et des câbles pendaient là où seraient les murs.
Pas de photo de moi en train de travailler mais voici mes collègues en train de terminer.
La fête a retardé la suite des travaux et il manquait des planches. Finalement, une moitié de façade a pu être montée puis la seconde pendant que j'étais à Trinidad pour un congrès national passionnant, dont je vous parlerez peut-être plus tard. De retour au village, j'ai pu voir la maison presque terminée, enfin. Il me manquait plus qu'à fixer une porte et à déménager les meubles, et avanti !
Et une autre, sous un autre angle, montrant l'étang derrière la maison, avec les bananiers.
Cela a été fait enfin le 18 août, presque deux mois après le début des travaux. Ma chambre est encore envahie par le surplus de planches, dont certaines qui serviront à faire une paroi pour l'espace devant la maison, là où donne le soleil l'après midi. Les autres serviront à faire des étagères, des bancs, des tables et j'ai envie d'essayer de faire une chaise africaine. J'ai quand même pu installer mon hamac et passer la journée suivante à travailler, et c'était génial ! Enfin du calme, une température plus fraîche et une odeur de bois frais.
Installation de la façade, et vous pouvez voir la bouche-de-loup en diagonale au milieu !
Les enfants ont emménagé dans l'autre partie, Fernando et Gladys ont repris la chambre qu'ils me louaient pour y installer leur magasin et leur lit. Ils comptent maintenant tomber les murs pour les remplacer par des planches, puis éventuellement changer le toit. Ils ont pas mal d'espace intérieur maintenant et peuvent déménager le lit des enfants dans leur maison sans problème pour louer l'autre moitié de ma maison en cas de touristes de passage (une fois à l'année) ou si d'autres chercheurs venaient (je croise les doigts).
Le voisin s'est acheté une scie électrique, bien plus pratique que la tronçonneuse !
Il reste encore quelques petites choses à faire, comme d'ajouter un peu de terre le long des murs, des planches en haut pour terminer de fermer, mettre un rideau à la fenêtre et trouver un moyen de la fermer, construire un coin où je pourrais me doucher et il me faut récupérer une citerne d'eau. J'ai aussi l'intention de planter un cocotier en face de la maison, mais je dois attendre un peu, au cas où le camion revienne, car on ajouterait bien un autre chargement de terre derrière la maison pour gagner un peu d'espace entre les moustiques et la maison.
Et ça y est, la maison est finie, à moins que je décide de la peindre ou de la lazurer un petit coup.
Ensuite, j'aurai ma maison en Bolivie ! Peut-être la seule maison que je construirai de toute ma vie, vu ce que ça coûte en France. Je peux y écouter de la musique à fond, y inviter des amis (quand j'en aurais au village ou qui viendront jusque là me voir) et surtout être au calme. C'est une petite satisfaction quand même.
Ma chambre est la partie de droite, celle qui est profite de l'ombre de l'autre dans l'après midi.
C'est d'autant plus rassurant que je ne sais pas où je vais habiter à mon retour. Car si ma vie ici trouve petit à petit sa stabilité et si je suis un peu mieux intégré qu'à mes débuts, j'ai l'impression quand même d'avoir mis beaucoup de choses entre parenthèses pendant tout ce temps loin de mes proches. Et notamment avec ma compagne qui s'est lassée de m'attendre. Malgré ça, j'ai quand même réussis à écrire un petit texte avec de l'aventure. Et j'tiens presque régulièrement ce blog, non ? J'ai hâte de rentrer, mais je sais aussi que mon travail n'est pas fini et qu'il me faut profiter ce nouveau lieu de vie et d'étude !
Et une vue de l'intérieur, qui donne l'impression que c'est tout petit alors que c'est pourtant 12m² !
Je vous raconterai une prochaine fois mon intégration dans le village et les fêtes qui sont nombreuses ce mois-ci. Je vous souhaite d'améliorer votre environnement de vie vous aussi et vous transmets une invitation officielle pour venir quand vous voulez dans ma maison de Bolivie !