Pitch

Fragments de voyages en Bolivie par un apprenti linguiste étudiant la langue des Siriono.

lundi 9 novembre 2015

Rendus à la communauté


Cette année, j’ai seulement publié quatre articles sur ce blog, car je me suis concentré sur mon boulot et que je n’ai fait que peu de sorties. Mon travail au village était de la même nature que les années précédentes, c’est-à-dire que j’étudiais la grammaire de la langue afin d’être en mesure de décrire précisément le fonctionnement de chaque élément grammatical. Sauf qu’en plus de ça, j’ai terminé ce que j’avais laissé en suspens. Je n’ai pas tout terminé, bien sûr, mais j’ai réussis à achever ce que je souhaitais.
C'est l'heure du jugement. Ici les professeurs d'Ibiato.

Commençons par ce que je n’ai pas terminé. J’ai filmé quatre nouvelles personnes cette année et deux des personnes qui avaient participé aux enregistrements sont morts, j'en avais déjà un peu parlé dans un autre article. J’ai dépassé les 27 heures de vidéos et les vingt participants. Sauf que toutes les vidéos sont des épreuves de tournages, des rushs, des brouillons. J’ai gravé des dvd avec les copies des enregistrements mais je n’ai fait aucun montage ni mise en forme. J’espérais transformer au moins quelques vidéos pour faire un bout de documentaire, mais je n’en ai pas eu le temps. Le montage vidéo est quelque chose qui m’intéresse mais pour lequel je n’ai pas de formation, et donc qui me prend un temps fou. Donc, pas de vidéos. Avis aux amateurs, si ça branche quelqu’un, je veux bien partager mes enregistrements pour arriver à faire quelque chose de diffusable.
Le fruit de mon travail, des fruits, dont je ne connais pas le nom.

Les instituteurs du village d’Ibiato suivent maintenant des cours de siriono chaque mardi après-midi, car le gouvernement impose à chaque fonctionnaire la maîtrise d’une seconde langue nationale. Les cours sont assurés par Hernan, qui n’est pas très bon locuteur et pas du tout pédagogue. J’ai assisté à quelques cours et quand je me suis finalement décidé à participer à la formation, les instits ont trouvé des prétextes pour ne pas venir, comme des jours fériés qui débutent dès la veille ou des formations en ville. J’aurai aimé pouvoir davantage transmettre ce que j’ai appris et participer à la formation des instits, mais ça restera la tache de mon collègue de boulot, Victor Hugo, s’il finit par se décider à enseigner.
D'autres fruits, que je connais mais qui ne sont pas comestibles.

Je n’ai pas pu poursuivre l’étude des arbres et des plantes naturelles, alors que c’est un thème intéressant. Quand j’ai essayé, il s’est avéré que mon collègue ne connaissait pas si bien le sujet et nous n’avons pas réussis à organiser de collecte de données plus large. C’était la saison du fruit typique des sirionos, le turumburɨ, et je n’en ai pas mangé un seul. J’ai insisté d’innombrables fois pour qu’ils m’en ramènent ou que j’aille avec eux en chercher mais ce fut peine perdue. Je voulais ramener un fruit et une plante au centre botanique de Trinidad pour qu’ils identifient la plante. Comme ce n’est pas fait, elle restera comme traduite en espagnol turumburi.
Ça, ce sont des turumburis, mais c'est un extrait d'un documentaire, je n'en ai pas filmé moi même.

Voilà pour ce que je n’ai pas fait. Je ne suis pas resté les bras ballants pour autant. Si je n’ai pas fait tout ça, c’est parce que je me suis concentré sur trois choses : le matériel scolaire, le dictionnaire de la langue et la grammaire de la langue. J’ai débuté par le matériel, car c’est quelque chose de concret et qui était déjà presque terminé l’année dernière. Je les avais d’ailleurs présenté à l’issus de mon étude l’an dernier. Il s’agit de trois livrets avec des animaux et d’une affiche avec des fruits exotiques et leurs noms dans les deux langues. Il nous restait principalement à vérifier les noms et à ajouter des exemples pour les noms des oiseaux. Nous avons fait ça entre deux autres activités plus compliquées avec Victor Hugo.
Une page du livret sur les oiseaux, avec une buse roussâtre et une buse couronnée.

Une fois la révision terminée, j’ai imprimé les trois livrets et nous avons procédé à une nouvelle révision, document en main. Nous avons ensuite invité les locuteurs à un atelier sur la langue afin de réviser le matériel. Ce fut compliqué à organiser et finalement le taxi qui devait ramener les gens de Ngirai, l’autre village siriono, n’est pas venu et j’ai dû commissionner des motos pour aller les chercher. Nous avons d’abord discuté du dictionnaire et de plusieurs points spécifiques sur lesquels je voulais attirer leur attention, puis nous avons révisé le matériel afin qu’ils pointent les quelques erreurs restantes. Peu de choses à changer finalement, mais quand même un nom de rapace qui était plus traditionnel que celui que nous avions noté et qui était Aruka, un nom que je trouve assez classe.
Un extrait de l'atelier, pendant une explication sans doute très compliquée.

L’atelier s’est terminé tard, et il a été suivis d’un repas avec du riz et du poulet, puis du gâteau préparé par mon hôte. Nous avons regardé ensemble les deux documentaires que j’ai sur les Siriono et j’ai enfin pu me reposer. Le lendemain nous avons révisé les changements indiqués puis le surlendemain je suis allé à Trinidad pour déposer les livrets à imprimer. Je suis retourné dans une échoppe où j’étais déjà allé et où j’avais bien discuté avec les deux personnes y travaillant. J’ai négocié le prix pour en imprimer une centaine d’exemplaires de chaque livret. Coût à l’unité : environ 13 bolivianos, 1,5 euros. Je suis également allé à un atelier graphique à l’autre bout de la ville pour faire des grandes affiches avec les fruits de la forêt. C’est bien tombé, le jour suivant c’était le jour mondial de l’arbre (1e octobre) et j’ai pu offrir à l’école l’affiche.
L'instituteur bilingue de l'école en train de regarder d'un œil critique mon travail.

Le travail sur le dictionnaire était bien plus compliqué que ça. Nous n’avons pas seulement révisé les entrées une à une mais il a fallu démêler des systèmes de la langue qui se reflète dans le lexique, et notamment les flexions verbales. Il est bien évident qu’un dictionnaire de français imprimé n’indiquera pas toutes les formes que peut prendre un verbe, par manque de place et par le fait qu’il soit logiquement possible de les générer à partir de règles grammaticales. C’est un peu différent pour le siriono, car les verbes n’ont généralement que deux formes, mais parfois trois ou quatre et pour des raisons différentes. Il m’a paru indispensable d’avoir des entrées séparées dans le dictionnaire pour les formes secondaires des verbes. Oui, mais ça implique de décider quelle est la forme première et comment les verbes se transforme, et donc de comprendre la syntaxe de la langue.
Un extrait de la base de données, avec à droite l'entrée reko qui se conjugue kereko, rereko et ndeko (mais il y a peut-être un préfixe dont le sens m'échappe encore un peu).

La syntaxe étant mon sujet d’intérêt principal, nous avons donc navigué sans cesse entre le dictionnaire en propre et l’introduction grammaticale. Conçue pour être synthétique et brève, ce qui a fini par former neuf pages a été pour moi une manière de balayer l’ensemble de la grammaire et d’être sûr de n’avoir rien oublié. La grammaire d’une langue ne peut pas être résumée en moins de dix pages et elle n’est pas très explicite dans l’état. Il s’agit davantage d’un dictionnaire structuré des éléments grammaticaux, avec des brèves descriptions de leurs fonctions. Quand nous avons eu presque finis, nous nous sommes remis à l’étude des nouveaux enregistrements pour traquer les structures manquantes et nous avons eu quelques joies en découvrant puis en comprenant de nouvelles formes de la langue. J’ai aussi pu profiter d’une brève présentation grammaticale publiée récemment dans un joli volume Lenguas de Bolivia tome 3, que j’attendais depuis des années. La partie sur le siriono a été écrite par un linguiste de renom qui a tenté de faire du terrain à un moment de sa carrière et qui n’a pas trop apprécié l’expérience. Il m’avait soutenu au début de mon projet pour obtenir la bourse qui a financé mon projet. Il avait surtout synthétisé les travaux antérieurs et ça m’a permis d’être plus exhaustif dans mes analyses et d’intégrer des choses que je n’avais pas eu la chance d’observer.
Un extrait de l'introduction grammaticale.

Je vais détailler un peu les problèmes que j’ai soulevés lors de l’atelier de révision, à propos du dictionnaire. Plusieurs classes de mot en siriono ne peuvent pas être utilisées en isolation, il est nécessaire de mettre un préfixe qui indique à quoi se réfère le mot. Il y a notamment une classe de verbes d’états, qui correspondraient à des adjectifs en français, comme e-kasu ‘il est grand’. L’éducation qu’ont reçu les Sirionos les ont convaincu qu’il est nécessaire de toujours exprimer ces mots avec le préfixe de troisième personne, alors que je ne suis pas convaincu que mentalement ces mots soient mémorisés de cette façon-là. Le problème c’est la façon de représenter ces mots dans le dictionnaire. Ils forment près d’un tiers des mots et il fallait décider s’ils allaient entrer à la lettre E ou à la lettre suivante (K pour l’exemple e-kasu). Personnellement, j’étais convaincu qu’il était plus utile de les trouver à la lettre suivante car ils apparaissent dans des phrases bien plus souvent sans la voyelle initiale mais ça choquait profondément les plus fervent élèves qui considéraient que la racine seule n’avait aucun sens. Ce serait pour eux comme d’indiquer les verbes sans aucune terminaison : chant, dorm, voul,…
La discussion s’est un peu échauffé et deux clans se sont clairement démarqués, et les locuteurs qui maitrisent le plus la langue et qui étaient plus âgés étaient d’accord avec moi tandis que les autres préféraient saturer la lettre E. J’ai finalement trouvé une sorte de consensus le lendemain en bidouillant mon logiciel pour que les mots apparaissent avec la voyelle initiale mais soient catégorisés sous la lettre suivante. Ainsi, l’information de la nécessité de préfixer les mots quand ils sont hors d’une phrase apparaît clairement, et pas seulement avec l’indication de la classe grammaticale du mot.
Un extrait du dictionnaire pour illustrer le problème du préfixe e-

Un autre problème a été de savoir si la lettre Y est partie de l’alphabet siriono. Dans certaines positions dans les mots, quand une voyelle i n’est pas accentuée, elle est prononcée comme un y, de la même façon en siriono qu’en français. On pourrait donc presque se passer de la lettre et savoir qu’il faut adapter la prononciation de la voyelle. Le presque tient au fait que ce nouveau son est traité comme une consonne dans la langue, et non plus comme une voyelle, mais j’avais très peu d’exemples et donc d’arguments pour défendre cette lettre. Je m’en suis remis aux locuteurs et ils ont préférés la garder. La supprimer aurait pu permettre de la libérer pour qu’elle soit éventuellement utilisée à la place du ɨ, une lettre rare dans le monde et qui pose un joli problème quand elle est nasalisée, car ɨ̈ (i barré tréma) n’existe pas dans la base de caractères UNICODE et doit forcément être composée de deux caractères distincts. De fait, elle est mal affichée avec la plupart des polices d’écritures et il est même impossible de l’écrire sur un ancien ordinateur. Dans l’idée, c’est à la technique de s’adapter aux langues et pas l’inverse, mais dans la pratique, l’intégration du caractère va peut-être prendre deux ans, vu qu’il est utilisé par une poignée de langues dans le monde (à ma connaissance : siriono et guarayu) et va freiner l’écriture de la langue sur un ordinateur. Nous sommes cependant restés avec ce problème et j’aurai à le gérer à l’avenir.
L'alphabet siriono.

Le document final fait 111 pages, avec une couverture et un dos en couleur et plusieurs parties qui en font un document hybride. J’ai déjà parlé de l’introduction grammaticale, qui n’avait pas besoin d’être aussi détaillée pour un dictionnaire. Il y a également six pages de thésaurus, c’est-à-dire de vocabulaire classifié avec des thèmes comme les couleurs, les objets de la maison, la cuisson au feu de bois, la pêche, etc. Il y a également une liste bibliographique de toutes les publications sur les Sirionos. Le dictionnaire en lui-même propose des traductions du siriono à l’espagnol et à l’anglais d’abord puis des entrées en espagnol vers le siriono. Ce n’est pas un dictionnaire avec des définitions bien rédigées et qui permettent d’entrer dans la culture et la façon de voir le monde des sirionos, c’est une liste de traductions, pour environ 1560 mots. Une poignée présentent des exemples, mais vraiment trop peu. De nombreux mots d’animaux et de plantes présentent cependant le nom scientifique qui permet de les identifier précisément. Enfin, le document se termine avec une page pleine de photos des gens qui ont participé à l’élaboration du dictionnaire, dont cinq personnes qui sont mortes depuis.
Un extrait du thésaurus avec les noms de plantes.

L’impression du dictionnaire fut toute une aventure, même une fois celui-ci écrit dans son intégralité. J’ai passé plusieurs soirées à peaufiner le document jusque tard dans la nuit. Afin d’arriver à quelque chose qui soit un peu sympathique, j’ai mis une jolie photo en couverture, des photos de papillons et j’ai invité mon ami éternel Mortis Ghost à proposer une illustration qu’il a réalisé avec son panache légendaire. Une fois en ville, je souhaitais imprimer le dictionnaire sous une forme un peu jolie, mais je tenais à ce que ce soit imprimé à Trinidad même, localement, et pas dans une autre grande ville de Bolivie. J’ai donc cherché longuement jusqu’à me rendre aux presses du journal du département, La Palabra del Beni. Nous avons discuté dans les détails avec le chargé de communication et il m’a établi un devis pour 200 exemplaires ou 500 exemplaires. Pour une somme comme pour l’autre, j’étais bien au-delà de la somme restante dans ma bourse. Je n’ai pas dépensé avec excès, mais j’ai travaillé davantage que prévu et le taux de change euro-boliviano a évolué en ma défaveur depuis le début du projet. Je me suis donc retrouvé à payer de ma poche l’impression des dictionnaires. Il semble néanmoins que mon laboratoire de recherche puisse me rembourser éventuellement une partie des frais.
L'imprimante rotative du journal La Palabra del Beni.

J’ai déposé le document puis suis revenu plus tard dans la journée pour vérifier la mise en page. Le technicien était bien content du résultat sur InDesign qu’il avait fait à partir du pdf que je lui avais donné et moi aussi. Le document était prêt à être imprimé et relié. Tout était prêt à l’impression le lundi et je devais récupérer les documents le jeudi ou au pire le vendredi pour les remettre à la communauté durant le weekend et partir de Trinidad le lundi. Manque de pot, le mercredi c’était férié à cause de la Vierge de Loreto, et ils ont même fermé à partir de la veille à mi-journée. En plus, une seule personne était disponible pour faire tourner les presses et les impressions régulières du journal l’avait gardé occupé jusque-là. J’ai longuement discuté avec le chargé de communication qui était tout embêté et m’a proposé d’en imprimer d’abord quelques exemplaires pour que je puisse l’avoir en main le lundi avant de partir. Je lui ai dit que ça me convenait, que j’avais vraiment besoin d’emporter une dizaine d’exemplaires pour les laisser à différents endroits, et pour offrir aux collègues que j’allais rencontrer à Santa Cruz lors d’une conférence. Oui, cette semaine j’ai également participé à une conférence ou j’ai parlé à des historiens, anthropologues et archéologues, et c’était assez bizarre. Mais leurs conférences étaient intéressantes et j’ai acquis un énorme tas de bouquins à cette occasion.
Les couvertures imprimées et prêtes à être collées avec les textes empilés.

Heureusement, les livrets ont pu être terminés par toute l’équipe de l’échoppe où je les avais déposés. J’ai donc récupéré quatre énormes cartons et j’ai pu passer dans chaque maison pour distribuer les livrets et promettre qu’ils allaient recevoir les dictionnaires bientôt. J’ai aussi présenté le projet que j’ai pour revenir l’année prochaine, que je vous expliquerai une prochaine fois, car ce texte est déjà très long.
Les livrets avec les animaux prêts à être distribués.

Nous n’avons pas vraiment fêté mon départ du village, et malgré les cadeaux que j’ai faits dans chaque maison du village, je n’en ai pas reçu en retour. J’ai reçu énormément de remerciement et de reconnaissance, et Victor Hugo était tout heureux de recevoir des retours positifs de tout le monde. Nous sommes arrivés à écouler tout le stock et plusieurs personnes réclamaient encore. Je n’ai pas pu en imprimer plus, mais j’ai laissé des copies sur plusieurs clés usb. Je suis favorable à la copie et à la reproduction sans limite du document. Je n’ai pas de droits d’auteurs dessus car je ne me considère pas légitime à revendiquer une langue, malgré le travail évident que j’ai produit sur le document. Tout est donc publié sous licence Creative Commons, librement copiable, modifiable et reproductible.
Aperçu de la page de Commons où se trouvent tous les documents.

Nous arrivons donc à lundi et c’est par ce jour-là que je vais terminer ce long texte. Je me rends en ville avec Victor Hugo et sa femme ainsi que le pasteur et son épouse. Nous allons manger tous ensemble du poisson puis nous sommes obligés de passer à l’hôpital car la mère du pasteur vient d’être ramenée d’urgence du village à cause d’une crise cardiaque. Elle s’en est remise et a pu retourner au village le soir même. Je suis ensuite passé à l’échoppe saluer la responsable que je n’avais pas pu croiser et qui m’a remis les originaux qu’ils avaient utilisés pour faire les copies, et qui étaient compris dans le prix. J’ai pu, joyeusement, imprimer un exemplaire de plus des poissons puis aller jusqu’au musée ichtyocolle de Trinidad pour l’offrir au directeur de l’établissement. Il m’a offert en remerciement un livre qu’il a écrit sur deux espèces locales. De façon amusante, la langue espagnole ne dispose que d’un nom pour ce poisson alors que les sirionos en ont deux, car ils différencient les deux espèces. Comme quoi, la connaissance locale c’est utile.
Les deux pages du livret côte à côte. On voit bien la différence, non ?

Je suis allé ensuite à l’imprimerie pour voir où en étaient les dictionnaires et…ils n’étaient pas prêt. Je m’y attendais un peu, mais j’ai pu voir leur fabrication et c’était très intéressant. J’ai remercié la personne qui se chargeait seule d’imprimer toutes les couches de couleurs sur les couvertures puis les assemblaient avec les livrets. Le jeune chargé de communication s’est à nouveau excusé puis il m’a dit que dix exemplaires seraient prêts comme prévus, mais plutôt vers 7h du soir. J’allais quitter la ville vers 9h, donc il m’a proposé de venir me rejoindre à l’endroit où je serai à ce moment-là pour me les remettre en main propre. Je suis retourné à l’endroit d’où partent les Sirionos pour le village et j’ai retrouvé le pasteur, Victor Hugo et leur deux femmes. Ce fut un grand moment d’émotion que de voir arriver le messager transportant le dictionnaire que j’ai bien crains de ne pouvoir tenir en main avant de partir. Les couvertures étaient encore humides mais l’objet était là. Nous étions tous très émus et avons bien remerciés le jeune chargé de communication qui s’était bien démené dans l’histoire.
Et voilà le dictionnaire terminé, avec sa couverture à droite et la quatrième de couverture à gauche.

Nous sommes allés jusqu’au terminal de bus avec Victor Hugo et sa femme car ils devaient voyager à Santa Cruz avec moi. Nous avons croisé par hasard l’ouvrier de l’imprimerie, et mon collègue a pu le saluer et le remercier vivement. Finalement, Victor Hugo s’est démotivé et il a préféré rester pour aller récupérer de l’argent que quelqu’un lui devait. Fort heureusement, deux de mes collègues linguistes sont arrivées et nous avions achetés nos tickets dans le même bus, complétement par hasard ! Nous nous sommes installés puis je suis allé à leur niveau discuter un moment avant de revenir à mon siège qui était tout à l’avant du bus, à l’étage, avec la vue panoramique sur la route qui défile. Je me suis endormi tout content et réveillé un peu plus tard en réalisant que je n’avais plus mon téléphone portable. Le temps de retourner à l’autre siège où j’étais plus tôt, il avait disparu. Tant pis, il fallait que je me concentre sur la conférence et de toute façon, à chaque fois qu’ils m’appellent c’est pour me réclamer de l’argent. Mais du coup, je n’ai pas pu revoir Victor Hugo et lui dire vraiment au revoir.
Retour à Lyon, première vision nocturne.

C’est ainsi que s’est terminé l’aventure, et les dictionnaires ont été distribués au village en mon absence. De mon côté, j’ai profité des derniers jours après la conférence pour sortir un peu et passer des moments agréables avec mes collègues et avec les gens de l’auberge de jeunesse où je suis. Je pars et ce projet est terminé. Je vais maintenant me concentrer sur ma thèse et l’achever.

Merci de m’avoir lu, c’était bien long cette fois ! Pour terminer là ce long voyage de cinq ans, un portrait en gros plan !
Merci à Swintha pour la photo et la sortie aux Alacitas avec Fede et Lena ! Coucou à vous et à mes lecteurs fidèles !

1 commentaire:

  1. Épatant tout cela, je suis plutôt impatient de savoir quels sont les plans futurs.
    Et assez content aussi de savoir que j'ai participé, à mon échelle vraiment très modeste, à un ouvrage aussi intéressant et pointu.

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