Pitch

Fragments de voyages en Bolivie par un apprenti linguiste étudiant la langue des Siriono.

lundi 5 août 2013

Le Sucre c'est capital

J'ai passé une semaine à Sucre et j'en suis revenu pour la fête d'Ibiato, qui fera l'objet d'un prochain message. Dans celui-ci je vais vous raconter un peu ce changement d'air qui fut plus que bienvenue après deux mois de terrain. La ville de Sucre est la capitale constitutionnelle de Bolivie, même si le gouvernement est à La Paz et que la capitale économique est maintenant Santa Cruz. Sucre, c'est une des plus anciennes ville de Bolivie, et elle renferme notamment la plus ancienne université d'Amérique du Sud (enfin ça, c'est comme les plus hautes tours d'Europe, ça dépend comment on calcul, mais en gros, c'est ancien). C'est à 1300km horizontalement de Trinidad et environ 2400 mètres verticalement.
La tour de contrôle de l'aéroport, un cliché tout à fait touristique.
Le gardien de l'aéroport, qui me regarde passer d'un œil gourmand.
Je suis partis du village alors qu'une masse d'air froide passait sur pays, venant de Patagonie. Il faisait froid et mon hôte m'a donc prêté un manteau du genre à la mode enfantine dans les années 90. J'suis partis en moto un lundi après midi jusqu'à Casarabe où j'ai attendu un taxi pour Trinidad. Là-bas j'ai pu acheter un veste en cuir et des gants pour le taxi sympa qui m'avait conduit jusqu'à Casarabe. J'ai laissé le manteau moche à mon hôte après qu'il m'eut accompagné au terminal de bus. Comme c'est lui qui a demandé pour une place de bus, j'ai payé largement moins cher que d'habitude. J'embarque après avoir dîné avec un couple d'anthropologue qui viennent vivre un an en Bolivie.
Première soirée, je marche au hasard, grimpant la première colline qui passe.
En errant, je tombe sur groupe qui danse. Mon appareil floute automatiquement les visages, pratique.
Le voyage se passe tranquillement, le bus fait une halte toilettes au milieu de nul part, à côté d'un panneau indiquant « Littoral », ce qui était assez surréaliste en plein milieu de la Bolivie. A Santa Cruz j'ai retrouvé par chance un collègue français ainsi qu'un historien américain de passage, que j'ai rencontré pour l'occasion et qui était très sympa. On est allé manger indien et chinois, ce qui était diablement agréable après deux mois de nourriture monotone. Les épices me manquent terriblement, ainsi que les légumes revenus au wok ou bouillis. De discuter en français, puis en anglais, c'était aussi très agréable, même si cette année je discute davantage par Skype avec Aurore.
Un plat d'Oruro, une autre ville du coin, la partie jaune sont du maïs mélangé à des pâtes, à côté la viande est épicée
et c'est un jus que je bois, sur cette nappe au motif cliché.
Les fleurs aussi sont différentes ici.
Départ pour Sucre avec en poche quelques conseils de l'historien qui venait de passer deux mois là-bas. J'arrive dans le B&B Santa Cecilia, une pension proposant des chambres pas trop chères, avec une cuisine commune et une terrasse ensoleillée bien agréable les premiers jours de frimas. La masse d'air froide était sévère, j'ai dû aller m'acheter un pull et un bonnet pour tenir. Je me suis un peu enrhumé puis mon nez s'est mis à saigner tout seul plusieurs fois, mais sinon ça a été. Me retrouver dans une maison en dur, avec une couette et une douche m'a fait vraiment plaisir !
Vue de la ville depuis une hauteur, car la ville est loin d'être plate.
Je déroge mon recadrage en seize neuvième pour cette vue à la grecque.
Je suis allé me promener pour aller manger du poisson à l'autre bout de la ville, de l'alose si j'ai bien compris le nom, en buvant un jus de tumbo, une sorte de fruit de la passion (passiflora tripartita var. Mollissima si je ne me gourre pas). J'suis allé à l'autre bout de la ville pour rencontrer des groupes de jeunes dansant avec enthousiasme une sorte de rock acrobatique synchronisé assez impressionnant. Je pense qu'ils se préparaient pour la fête nationale du 6 août. Pas mal de gens qui faisait leur footing, des couples qui s'embrassaient sur les bancs publics, des jeunes qui jouaient aux cartes. J'ai vraiment réalisé l'écart avec Ibiato ou Trinidad où toute ces choses sont absentes. Jamais je n'ai vu de couples s'embrasser ou de jeunes faire du sport. Le changement de climat n'y est évidemment pas pour rien, et je retrouve d'ailleurs des looks vestimentaires bien plus proches des looks occidentaux.

On dirait que cette maison a été tracé au crayon, non ?
Et celle-ci à grand coup de peinture pure.
Il y a beaucoup de touriste et encore plus dans les lieux les plus courus comme la Recoleta, une place en haut d'une colline avec une jolie vue sur la ville. Il s'y trouve un chouette musée sur la culture locale où j'ai pu apprendre plein de choses sur les tapis et danses traditionnelles de la région. Il y a aussi un chouette marché et un cimetière qui a droit à son propre article. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'avoir Sucre comme base pour une étude à l'étranger serait infiniment mieux que Trinidad. Même si j'ai des collègues qui étudient encore plus loin de la ville, j'ai vraiment réalisé le changement de vie auquel j'étais forcé en étudiant si loin de tout, dans un endroit si peu intéressant, où les touristes ne vont pas, où il n'y a rien à faire sinon élever des poules et des enfants.
Ici en revanche, même les ouvriers lisent le journal sur la place principale.
Et il y a des théâtres. J'ai aussi pu voir une expo d'art persan et écouter un bout de hard rock lycéen.
J'ai pu profiter de la ville, et encore plus lorsque mes collègues sont arrivés et qu'ils ont débarqué dans mon hôtel, sur mon conseil. On a formé le temps d'un souffle une petite communauté de linguistes tout à fait agréable. Il y avait un marxiste canadien, un curieux britannique, une anarchiste allemande, une vive hollandais et une amusante allemande mariée à un bolivien. Un brin de monde, tous intéressants et autonomes au possible. Pas d'activités de groupes donc, sinon des soirées à trinquer au mojito et à la bière locale, qui vaut bien celle que je bois parfois au village.
Voici le marché noir, ce qui est son vrai nom, et effectivement, on y trouve surtout des produits tombés du camion, comme on dit.
Et voilà le marché paysan, où il est possible de trouver de tout, mais c'est un tel bazar qu'une chatte n'y trouverait pas ses petits.
Je termine de préparer ma présentation dans l'après midi puis passe la soirée à réviser un article avec une collègue avant de m'enfoncer sous la couette en me disant que je ne vais sûrement intéresser personne. J'ai parlé une vingtaine de minutes sur l'évolution des méthodes documentaires et du rapport entre le document et l'objet, en prenant comme focus le siriono. Je pense que j'aurais pu rendre ça plus intéressant que ce que j'ai réussi à faire, mais au moins j'ai montré quelques jolies photos et pu discuter de ça avec des gens intéressants. A vrai dire, à notre journée linguistique, rare étaient les étrangers, les anthropologues ou historiens à venir nous écouter. La moitié d'entre nous était pourtant à une présentation de ces gens là la veille, à les écouter parler de la région où nous faisons nos études, avec un autre point de vue. J'ai pu discuter ainsi avec deux historiennes espagnoles qui étudient dans mon coin et avec qui je vais échanger quelques informations.
Une jolie tour Eiffel, non pour la forme mais pour l'homme.
A l'origine, servait comme observatoire, aujourd'hui comme sympathique point de vue.
Autour s'étend le parc Bolivar, avec un joli petit canal au centre.
Je me suis éclipsé fourbement le temps d'une présentation pour retourner à un endroit que j'avais repéré plus tôt, un fabricant de charango qui en avait d'assez beau. Le charango est un instrument de musique traditionnel des Andes, une sorte de petite guitare à cinq cordes doublées à l'octave, dont la caisse de résonance était autrefois faite du corps d'un tatou. Aujourd'hui ils sont fait de beau mais continuent à être utilisés dans la musique populaire de cette partie de la Bolivie. A défaut d'avoir un inexistant instrument siriono pour m'occuper les semaines à venir, j'aurai ce curieux objet dont je joue un peu comme d'un ukulélé, ce qui donne un son étonnant.
Un autre fait bizarre, un anniversaire avec défilé sous ma porte d'une dizaine de voitures couvertes de peluches,
couvertures colorées, vaisselles et autres choses duveteuses.
Une autre vue de la ville, avec de jolis câbles électriques.
Après un dernier repas délicieux avec mes collègues, je m'endors plein de souvenirs et un peu anxieux pour mon retour, car il doit se faire dès le lendemain de ma présentation, sans attendre la fin du congrès. La fête d'Ibiato m'attend avec son défilé traditionnel, qui doit avoir lieu le soir du premier août, jour même où je quitte Sucre. Le vol jusqu'à Santa Cruz se passe sans problème, d'autant que ma collègue allemande est par coïncidence du voyage, ce qui nous permet de boucler notre article, tout en profitant de la magnifique vue sur les collines du sud de la Bolivie. Arrivé à Santa Cruz, j'appelle mon hôte au village pour savoir ce qu'il en est et il me dit qu'ils sont pas prêt, qu'ils reportent au lendemain. Ouf. J'appelle alors mon collègue français, partis donner à la communauté avec laquelle il travaillait le résultat définitif de son étude. Il est dans le bus, en voyage pour Santa Cruz où je peux le retrouver tranquillement l'après midi, avant de voyager de nuit pour Ibiato, où m'attend la fête du village et sa musique permanente empêchant tout repos.
Une vue d'une rue en pente que je trouve plutôt jolie.
Et une dernière vue depuis la Recoleta où il servent du grog à base de café.

dimanche 21 juillet 2013

Un mois et demi de travail

Il est temps que je vous écrives. J'ai passé la moitié de mon temps en Bolivie cette année et surtout, je vais terminer demain une première période de travail intense. Et oui, je prends des vacances pour une semaine...même si ce ne sont pas vraiment des vacances. Je pars en fait pour Sucre afin d'y présenter un petite conférence pendant un congrès de chercheurs bolivianistes. Et comme je ne suis pas tout à fait prêt, je risque de passer pas mal de temps à bosser sur ma présentation plutôt que de profiter de mes vacances. Mais bon, je ne vais pas parler plus du futur et plutôt revenir sur ce long mois et demi sans nouvelles.
J'ai visité le jardin de la voisine et cet arbre est couvert de papayes !
Après le départ de Mathieu, je suis retourné à Ibiato et j'y suis resté la majeure partie du temps, n'allant à Trinidad qu'environ deux jours tous les dix jours. Fin juin j'y suis resté un peu plus longtemps à cause d'une petite crise intestinale. En ville, j'ai pu croiser une fois un collègue linguiste, et j'en ai raté une autre de passage, que je verrais à Sucre. Au village, j'ai passé la plus grande partie de mon temps à travailler avec Hugo. J'ai transcris environ 2h30 sur les 6h enregistrées l'année dernière, ce qui est excellent, mais par contre, je n'ai pas filmé de nouvelles histoires. En fait, je favorise mon projet de thèse au détriment de mon projet de documentation, de celui qui me finance. Je vais cependant me rattraper en août, sans aucun doute.
Ah oui, on m'a aussi demandé d'être jury pour la dernière journée de l'école-collège où ils présentaient leurs nouveaux acquis.

Ce qui s'est passé, c'est d'abord que je voulais travailler avec Hugo et qu'il était très très motivé pour cela, venant me tirer du lit le matin et restant à bosser avec moi presque tout le temps. Travailler avec lui est un vrai plaisir. Nous regardons ensemble les enregistrements en nous arrêtant après chaques phrases pour que je puisse les écrire. Au début il avait à les répéter plusieurs fois, j'avais à réécouter car je n'avais pas l'impression d'entendre la même chose. Je croyais qu'il ajoutait des mots, qu'il corrigeait ce que disait l'enregistrement. Et parfois, c'était vrai, mais la plupart du temps, c'est simplement que mon oreille n'était pas habituée. Aujourd'hui, j'arrive presque à tout entendre, tout en gardant des doutes sur les éléments les plus grammaticaux qui comportent des fricatives, de la nasalisation et des glottales. Par exemple, « à vous » ce dit « henhe » ce qui n'est pas du tout évident à entendre en fin de phrase !
Asseyez-vous pour déguiser la cuisine locale à base de riz, de poisson, de banane et de riz (beaucoup de riz).
J'arrive de mieux en mieux à traduire également, et je comprends parfois quand ils discutent entre eux sans faire attention à moi. Je pense que je ne suis pas très doué en langue car cela fait deux ans que je les connais, environ cinq mois que j'étudie leur langue avec eux, et pourtant je ne la comprends pas bien bien. Ce qui me rassure, c'est la lecture du journal de bord d'un groupe de missionnaires franciscains qui tentèrent de les civiliser dans les années 40 et qui notent après huit ans qu'une des raisons possible de leur échec à les garder à la mission est probablement le fait qu'ils n'arrivent toujours pas à communiquer correctement avec eux. Finalement, le siriono, une langue facile ? Pas tant que ça. Le vocabulaire est relativement simple à entendre mais faire une phrase correcte c'est un tout autre boulot. Heureusement mine de rien, sinon je m'ennuierai vite.
Pendant la semaine où j'étais malade à Trinidad, j'ai rencontré les rats qui vivent dans les décombres de l'ancienne église.
Bon, et sinon, qu'ai-je fais de bien palpitant durant ce mois et demi ? Et bien pas grand chose ! On aurait dû aller faire une expédition de cinq jours dans une partie du territoire pour faire un recensement des essences et ça n'a pas encore été fait. Je ne désespère pas d'y aller en août pour apprendre les noms des arbres et des oiseaux, chose très difficile à obtenir clairement car les noms en espagnol sont souvent des noms locaux et donc intraduisibles. J'ai bien un hocco à face nue et une ortalide maillée, mais c'est à peu près les seuls que j'ai pu identifier correctement.
Une photo où les gens posent de manière très naturelle. Je vous explique juste en-dessous pourquoi.
J'ai été traîné plusieurs fois à filmer des trucs pour les autres, sans que ce soit intéressant pour moi. J'ai ainsi filmé une partie de volley entre jeunes, dont l'équipe victorieuse fut celle de Pata de Aguila / Ngirai, l'autre village où je ne suis presque pas allé. J'ai assisté à la fête de l'école horticole du coin un soir aussi, avec des sketchs comiques et des danses rigolotes. J'ai aussi assisté à une soirée « élection de mini-miss » dans un collège-école primaire, c'était assez déprimant. J'ai été particulièrement sollicité par l'église du village. Ils m'ont demandé de filmer les enfants en train de dessiner pour envoyer le film aux pasteurs de l'étage supérieur au sein de l'église quadrangulaire afin qu'ils envoient d'autres cahier et crayons pour les enfants. Ils dessinaient des petits Moïse et Jésus en chantant selon des rythmes que j'aurais peut-être reconnu si j'étais allé un jour au cathé. Ils m'ont aussi demandé d'écrire une lettre de sollicitation aux bons samaritains pour qu'ils les aident à la réfection de leur église. En fait, ça existe vraiment les bons samaritains, ça s'appelle Samaritan's Purse. Du coup je doute de l'existence du père Noël.
Un match de volley-ball. Si ils gagnent au niveau régional, ils pourraient aller concourir à l'autre bout du pays.

Les mini-demoiselles et les mini-monsieurs qui jouent aux grands, ne comprennent rien à ce qui se passe.
Il y a bien deux autres petites choses qui m'ont pas mal occupé ces dernières semaines mais je vous raconterai ça une autre fois, après mes vacances. J'espère aussi vous proposer des articles plus intéressants, peut-être pas plus souvent mais avec davantage de contenu.
Bienvenue sur Air Ahuasil, la compagnie qui aérienne qui utilise des fils de fer comme piste d'atterrissage.

mercredi 5 juin 2013

Fêtes

Cette semaine, j'ai surtout travaillé. Le week-end dernier par contre, j'ai fais plein de choses : fête, sortie au lac, fête des mères et balade au zoo de Trinidad. Je vous raconte tout ça avec plein de photos, dont une bonne moitié de Mathieu, le touriste français qui était avec moi durant toutes les aventures contées aujourd'hui.
La maison où j'habite à Trinidad, dans la partie gauche.
Après la sortie dans la forêt dont je vous ai parlé la semaine dernière, nous nous sommes couchés tôt puis levés à l'aube pour aller pêcher avec Aroldo, le fils de 13 ans. Nous y sommes allé en moto, avant le petit déjeuner, en oubliant la machette. Pas grave, nous avons trouvé sur place des tiges pas trop sèches et Aroldo avait pris de la viande séchée comme appâts. Il l'a perdu je ne sais trop comment puis il a coincé son appât dans une branche et il est tombé à l'eau en essayant de le décrocher. Bref, on est rentré bredouille de la pêche.
L'étang de pêche le plus proche.
Et une super vue proposée par Mathieu (cliquez pour voir en grand).
Comme on était un peu déçu, une fois à Trinidad, nous sommes allé manger du poisson. J'ai pris des nuggets de reptile pour ma part, plutôt sympa. Ensuite nous sommes allé en famille et avec Mathieu, au musée ichtyologique où j'étais allé l'année dernière. Juste à côté a été ouvert un musée botanique passionnant, avec plein de schéma d'explication sur les graines, les fruits, les essences végétales et une bibliothèque où je retournerai pour avoir de l'aide sur l'identification de certaines plantes.
Pendant ce temps, la fête du weekend se préparait. Ici la corrida où ils maltraitent un bœuf sans pour autant le tuer.
Nous sommes ensuite allé à une ONG où j'étais déjà allé l'année dernière et où j'ai pu obtenir quelques cartes intéressantes du territoire. Il était annoncé un défilé de jeunes filles participants à un concours de beauté, des petites miss, alors Mathieu et moi sommes allé voir, mais suite à une incompréhension dans l'heure du rendez-vous, nous ne l'avons pas vu. En chemin j'ai goûté un frappuchino, une glace pilée au café avec du chocolat fondu donc c'était une bonne journée.
Sur la place centrale de Trinidad, un sculpteur à la tronçonneuse et au burin, formant un magnifique serpent croquant une sorte de sanglier.
Le vendredi avait lieu un défilé en tenues traditionnelles, avec danses et plumes, tout comme le défilé du 16 novembre. Sauf que cette fois, c'était les écoles primaires et collégiens. Nous sommes allé en ville manger une bouillie de banane douce avec du lait puis, comme ça tardait à commencer, nous sommes allé rencontrer les gens de la Fondation Armonia qui s'occupe des animaux et principalement des oiseaux dans la région. Ils gèrent une réserve naturelle ou Mathieu aurait bien envie d'aller, mais c'est trop inondé ce mois-ci, il faut attendre juillet. Après ça, nous sommes retourné en ville voir le défilé.
La danse traditionnelle des macheteros, vu de dos.
C'était assez proche de celui de l'année dernière, avec des groupes de jeunes faisant des danses traditionnelles plus ou moins revisitées. C'était les scolaires cette fois, donc un groupe par classe et il y a un paquet d'école à Trinidad et dans les environs ! Les enfants d'Ibiato étaient invités mais avec la grève, ils n'ont pas eut le temps de se préparer et ils n'y sont pas allés. J'étais content de voir cette fois la danse des barbares, prenant comme modèle les Siriono, c'est la danse qui leur est consacrée dans le folklore même si elle ne ressemble pas du tout à leur vraie danse traditionnelle.
La danse des barbares siriono.
Pendant cette après midi là, on a croisé un groupe de touristes français qui sont partis tôt prendre un bateau pour partir vers le nord, une croisière de quatre jours jusqu'au Brésil. Ça me dit bien, un de ces jours. Et par hasard, ils sont allé boire un coup au café du coin de la place, où je ne vais jamais, et il s'avère que le gardien est camerounais, et parle français ! Il est venu jouer au foot dans une équipe de La Paz mais ils avaient pas de sous pour le payer chaque mois alors il a trouvé un job à Trinidad en attendant de pouvoir se barrer d'ici. Il est sympa, et j'espère le revoir avant qu'il parte, il a une vision sur la Bolivie très intéressante.
Les femmes en vert présentent le costume traditionnel...amené par les jésuites.
La fête se déroulait ensuite sur la Place de la Tradition, juste à côté de là où se trouve la maison où j'habite maintenant. Quatre soirs de musiques à fond, venant de plusieurs sources différentes mais toujours les mêmes morceaux. Même quand il y avait des vrais groupes jouant de la musique, c'était toujours les mêmes standards. Et en même temps, ça se comprend. Ils jouaient le vendredi soir puis le samedi, le dimanche et le lundi, depuis le matin jusqu'au bout de la nuit. La plupart du temps pour des ivrognes finis ou pour des couples traînant entre les chapiteaux et les stands de babioles. Heureusement, il y avait aussi une partie kermesse !
Sur le trampoline, Aroldo !
Sur un pan de la place, un couloir de baby-foot et de stands de choses grasses et joyeuses. J'ai mangé quelques trucs rigolos, acheté un ressort en plastique (ondamania) jaune semi-transparent magnifique et joué au baby-foot ! A chaque bout de l'allée, des manèges en métal rouillé au look impressionnant. Grande roue, autos tamponneuses, carrousel. Du rêve en couleur. Le tout pouvant presque correspondre à la définition du streampunk. Des imitations de manèges lancés à la main, ou dans des éclairs électriques effrayant, à la force de moteurs de moto sans doute. Qu'importe, les enfants étaient heureux.
La super rangée de vieux baby-foot !
Un manège entrainé à la main.
Le dimanche, fatigués par tout ce bruit, nous sommes allé faire un tour à la laguna Suarez, où j'étais déjà allé un jour de pluie. Cette fois il faisait beau et nous nous sommes baignés ! J'ai longtemps hésité, me rappelant les conseils de tous les guides de voyages et médecins exotiques. On m'a dit que le fond était une dalle de ciment avec du sable. De la vase en fait, mais c'était vrai, et rien de louche ne flottait dans l'eau. C'était en fait plus propre que pas mal de lacs ou je me suis baigné auparavant. J'ai même réussi à oublier le petit poisson suceur de sang qui peut se glisser dans les parties sexuelles et qu'il faut extraire par de la chirurgie cauchemardesque. Du coup, j'ai passé un bon moment !
L'entrée, avec un coin buvette et au fond, le lac !
Presque la même photo qu'il y deux ans, mais avec des gens dans l'eau !
Le lendemain, le 27 mai, c'est la fête des mères en Bolivie. Un événement très important. Outre les pubs télés qui passaient depuis mon arrivée et les multiples promotions dans les magasins, c'est surtout un jour férié en Bolivie et un jour où ce sont les hommes qui font à manger, en principe. Connaissant les talents de Fernando pour préparer à manger, j'ai proposé mes services, avec l'aide de la jeune voisine pour la cuisson du riz, parce que je ne connais pas bien le riz local. Fernando a quand même jeté dans l'eau des maïs et des bananes plantains, pour faire abondance. J'ai fais le marché dans l'idée de faire des pâtes bolognaises, et suis revenu avec de quoi faire plutôt une ratatouille. Finalement, c'était un peu un mélange entre les deux, avec beaucoup de viande, mais pas assez pour que les enfants en mangent.
Même quand il y a des pâtes, le riz est nécessaire à tout repas !
Et dernier thème pour ce long message, le zoo de Trinidad, qui n'a rien à voir avec le zoo de Santa Cruz. C'est en fait un parc, complètement ouvert, dans lequel les gens vont se promener et où vivent plusieurs animaux sympathiques. Au fond, dans un espace fermé payant, on peut admirer deux énormes boas qui dormaient quand je suis passé, comme le font souvent ces animaux là. Durant notre visite, un petit daguet gris, ressemblant à Bambi nous a suivis un bon moment en cherchant à lécher nos jambes, jusqu'à ce que nous réussissions à le semer vers les capybaras.
Un joli cerf, à moins qu'il ne s'agisse d'un daguet rouge, j'ai du mal à voir la différence.
Un oiseau aux pattes étranges.

Les capybara qui se sont jetés dans l'eau quand nous nous sommes approchés.
Un tapir, une bonne grosse bête que j'avais aussi vue endormi au zoo de Santa Cruz.
Nous avons bu un dernier coup en terrasse puis je suis partis dans un taxi bondé pour Ibiato, Mathieu est partis le lendemain pour San Borja. Aujourd'hui, Fernando a ramené le frigo et mon hamac. C'est chouette, je vais pouvoir me reposer dans mon hamac en sirotant un jus de pamplemousse sauvage. J'essayerais aussi d'écrire un autre message d'ici la semaine prochaine ! J'espère que celui-ci vous aura plus malgré sa longueur !

mardi 28 mai 2013

La récolte de miel

La semaine dernière je suis allé dans la jungle. Après en avoir discuté avec plusieurs personnes du village, nous avons convenu de n'y aller que pour la journée et non pour deux jours comme ils le font plus souvent. C'est que la fête de Trinidad approchait à grand pas et qu'ils espéraient pouvoir y vendre leur récolte !

Nous nous sommes retrouvé le matin, pour aller en moto jusqu'à l'endroit où ils voulaient se rendre. Nous étions six : Zoilo, propriétaire de quelques ruches et formé à l'apiculture ; Pedro Pepe, un vieux qui m'avait raconté plusieurs fables l'année dernière ; Hugo, mon informateur principal que je vous ai présenté la semaine dernière ; David, le guide que je ne connaissais pas et qui mâchait des feuilles de coca et pour terminer : Mathieu, touriste français en visite pour la semaine. Un mec sympa qui a rencontré Hugo dans le bus pour aller de Santa Cruz à Trinidad. Il a passé la semaine avec moi et c'était vraiment cool du coup ! Et merci à lui pour ses photos, que je vous propose aussi pour agrémenter ce récit !

Une ruche de Zoilo
Nous sommes partis en moto avec Gabriel et Nachin, deux taxis du village. Ils nous ont déposé sur le bord du chemin, à côté d'une maison abandonnée. Pedro Pepe en a profité pour aller chaparder quelques citrons verts, que nous avons mangé et écrasés dans notre bouteille d'eau. Il faisait chaud, mais pas tant que ça, le ciel était couvert et globalement, le temps était meilleur que ce qu'il est en France en ce moment, paraît-il. Nous sommes donc entrés dans la jungle, en marchant en file indienne. L'obligation de passer entre les fils de fer rappelait que nous n'étions pas des explorateurs à la recherche du Grand Paititi légendaire mais dans un espace fermé par un éleveur de bétail.
A la recherche de l'or des Siriono.
Dans la jungle bolivienne
Dès quelques mètres, j'ai compris pourquoi ils regrettaient que nous n'ayons pas de bottes. Des flaques boueuses s'étendaient sur plusieurs mètres et à peine entrés, nos pieds baignaient dans la boue. Heureusement qu'il faisait suffisamment chaud pour que ça sèche rapidement. Nous avons marché une petite demi-heure jusqu'à une clairière. Des centaines d'abeilles s'échappaient de deux arbres effondrés, coupés la veille. Les abeilles sauvages de Bolivie ne ressemble pas tellement à des abeilles, mais plutôt à des grosses mouches. Elles sont plus rondes, noires et avec de petites ailes rigolotes. Nous en avons vu de deux sortes, oro et ovovosi. Les premières sont carrement gentilles, à marcher autour de leur ruche sans rien faire, comme si elles étaient droguées. Les secondes sont un peu plus pénibles car elles s'accrochent aux cheveux, bourdonnent fort mais piquent sans faire trop mal. Les Siriono s'en fichent et ils se mettent au boulot.
Moi aussi, je me mets au travail et je filme plusieurs minutes au milieu des abeilles
Peur de rien, il y a du miel à attraper !
La manière de récolter le miel est la suivante. D'abord, repérer un guayabochi, un type d'arbre spécifique, au tronc orangé. C'est particulièrement dans cet arbre que s'installent les ruches. Ensuite, inspecter le tronc à la recherche de trous d'où sortent des abeilles. Si c'est en hauteur, tomber l'arbre. Ensuite, à coup de hache, ils ouvrent le tronc autour de l'entrée de la ruche et en retirent tout ce qui s'y trouve. Les alvéoles remplies de larves servent de gâteaux pour manger le miel qui ruisselle de la ruche. Certaines parties mêlées de cires sont écrasées pour en retirer le miel, qui rempli un flacon de plastique. L'opération est assez destructrice mais les Siriono pensent que l'essaim survie et se reconstruit plus loin.
Le tronc éventré
La colonie d'abeille traumatisée.
La récolte de miel traditionnelle est donc très destructrice. L'essaim est privé de ses réserves alimentaires, l'arbre est abattu. C'est donc violent pour les abeilles mais aussi pour la forêt puisque le guayabochi jeté au sol à coup de haches devait avoir plus de cinquante ans. L'année prochaine il faudra aller explorer plus loin la forêt pour trouver d'autres abeilles à exploser à coup de hache. L'opération fut un succès cette fois là mais parfois les arbres sont abattus pour rien. Les ruches fabriquées à partir de bois coupé permettent de leur côté la récolte d'une quantité largement supérieur de miel sans destruction de l'habitat des abeilles ni déforestation. Mais c'est moins brave.
Un arbre de plus de trente mètres de haut...

...ou de long.
Après cette belle récolte, nous mangeons le pain que j'ai apporté. Ils protestent un peu que je n'ai pas pris de viande mais moi ça me va très bien, du pain et du miel. Mathieu et moi sommes un peu brassés à cause de l'alimentation carnassière d'Ibiato et cela nous fait le plus grand bien. Nous partons l'après midi à la recherche d'autres arbres et des merveilles de la forêt. Plusieurs magnifiques papillons volent autour de nous mais impossible de les photographier correctement. Nous découvrons plutôt les fruits de la forêt, avec quelques jolies surprises.
Un petit fruit au goût sympathique.C'est peut-être un bacupari (d'après mes recherches).
Un autre fruit qui ne se mange pas. Avec l'aide de Wikipédia je peux vous dire que c'est un brasiliopuntia.
J'apprends quelques noms en siriono, assez peu au final. Ils ne sont pas très coopératifs bien qu'ils discutent la plupart du temps en siriono. Je note dans mon carnet quelques mots que j'espère pouvoir mettre en forme plus tard, en retravaillant la vidéo avec un Siriono qui me la commentera dans sa langue. Au milieu de la forêt nous croisons un groupe de femmes du village qui partent récolter du miel elles aussi. L'une d'elle a attrapé un tatou qui constituera leur repas du soir. Elles n'ont pas encore de miel en revanche. Nous marchons encore un peu puis nos guides décident de partir, je ne sais pas trop pourquoi. Nous retournons donc à la route et j'appelle un taxi pour qu'il vienne nous chercher.
Quelques champignons étranges, qui ne se mangent pas.
Une spirale végétale.
 Nous rentrons au village plutôt vannés. L'expédition dans la forêt fut éprouvante mais instructive. J'étais content de n'être pas le seul étranger dans leur groupe, et le fait que Mathieu se soit à moité foulé la cheville la veille en jouant avec les enfants du village m'interdisait de me plaindre. Ce n'était pas si horrible de toute manière. J'ai découvert un nouvel aspect de la vie des Siriono, de leur façon de faire "traditionnelle" en coupant les arbres à la hache, objet qu'ils n'ont que depuis quelques générations. Mais la récolte en elle-même est bien traditionnelle. Et le miel a un goût absolument fantastique ! J'en ai ramené les dernières fois et j'en ramènerai encore, si vous voulez goûter ! Sinon, je vous donne rendez-vous au prochain message !
Retour au village. Vue panoramique déformée par la Go Pro de Mathieu.
Coucher de soleil dans un bocal.